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Ángel Rebollar | Hotel Chamarel, Dénia

Photo : Alain Barbero  | Texte : Ángel Rebollar | Traduction (de l’espagnol) : Sabine Keromnes

 

COMME UN FUNAMBULE AVEUGLE

La Liberté est plus difficile à vivre que la soumission

Comme un funambule aveugle,
sur un fil de fer tendu
pendant une triste nuit obscure,
cherchant l’essence de l’instinct
que la vue engourdit.
Ainsi, se redresse la liberté,
sans le carcan de la raison
qui la réduit en esclave,
comme le fait la pensée pure,
s’échappant des filtres qui la castrent.

Nous sommes libres, sans le vouloir,
d’une manière inconsciente,
par la force persistante
qui nous oblige et nous enrichit,
nous le sommes par le simple fait de vivre, de naître.

Ensuite, nous commençons à cheminer
à travers les règles et les principes
de la société timorée,
avec la corde au cou qui, petit à petit étouffe
l’instinct qui, éteint, nous domine
et ainsi, nous abandonnons notre état d’être,
pour nous convertir 
en automates éduqués.

Alors, progressivement, nous allons cultivant, 
comme disent ceux qui classent les vies,
ceux qui mettent les règles du monde,
les seigneurs qui te volent les jours
et te prennent ton argent,
sans que tu t’en rendes compte, 
pour la montagne russe des vertiges 
impénitents d’hormonales structures, 
où l’intelligence sensorielle  
nous amène à ne pas déboucher 
les émotions, de manière appropriée contenues.

Pour rompre les peurs inculquées,
nous devons couper les liens de l’aberration,
le confort du chemin connu, 
refaire en sens inverse les routes qu’on nous avait marquées,
désobéissant la direction programmée
et de nouveau cheminer, sur le fil de fer obscur
comme un funambule, avec les yeux bandés
pour, de nouveau, nous retrouver
avec le vide de la sensuelle sexualité réveillée, 
de ces nuits où nous tombons
sur ces, tellement désirés,
déserts de liberté.

 

Original (espagnol)

 

 


Interview de l’auteur

Qu’est-ce pour toi la poésie ?
Ángel Rebollar : La poésie est une nécessité urgente, c’est un endroit d’accueil dans lequel je me réfugie, dans lequel je partage mes amours et désamours, mes inquiétudes et mes moments de paix, un endroit où vaincre les injustices et trouver la paix, où vomir la bile et embrasser la consolation, où je meurs et je ressuscite, l’habitat dans lequel je trouve les réponses à mes questions. En définitive, où mettre de la lumière sur mes ténèbres. 

Que représente le café pour toi ?
ÁR : C’est un foyer pour socialiser, une agora familiale où se retrouvent les gens pour échanger énergie, loisirs, idées, rires, conspirations et préoccupations. Dans cet espace, hommes et femmes se connaissent, ouvrant la porte à la fraternité et même à l’amour, parfois se manifeste le désaccord, un espace vital. C’est également une rencontre intime avec toutes les disciplines de l’art, le temple du Sabbat.

Pourquoi as-tu choisi l’Hotel Chamarel ?
ÁR : Je ne suis pas un habitué des cafés, mais cet endroit est accueillant avec une décoration romantique, un havre d’harmonie qui favorise la syntonie des émotions. Dans cet espace j’ai participé, durant plusieurs années, à des réunions de poètes, certaines pleines de magie. Dans ces meubles fonctionnels qui servent aussi à décorer, les pores du bois sont également imprégnés de mes sensations poétiques, comme de celles des autres poètes. De même le patio fleuri, décor d’été, sous le clair de lune et les étoiles, a recueilli nos proclamations rimées.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
ÁR : Vivre la Vie, cela peut paraître simple, mais ce n’est pas ainsi. J’ai 67 ans et cela me permet d’avoir une vision du présent plus vital. Je fais de l’exercice, je lis, j’écoute tout type de musique, je réfléchis sur la société que laissera ma génération à ceux qui viennent et j’écris sans prétentions, seulement pour le plaisir. 

 

BIO

Je suis enfant du quartier des fourmis, une communauté de bidonvilles, dans les années d’après-guerre.  J’ai grandi conscient de ma place sociale. J’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans et cela réveilla ma conscience et depuis la clandestinité, à m’affronter à la cruelle dictature. Je suis père, ce qui a ouvert ma vision de la vie, explorant les sentiments et l’amour, au-delà du physique.