Robert Schindel | Café Prückel, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Robert Schindel dans « Melange der Poesie » Kremayr & Scheriau 2017 | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Corneilles

Du ciel d’hiver des larmes noires
Inondent le champ de neige en expansion
Mon moi se forme alors que je me ressaisis
J’ajuste, à gauche et à droite
Je salue les gens, jusqu’à ce que ma mort m’apparaisse en songe.
Entre temps le monde
S’écoule de mes veines. Fin du genre
Des magiciens de cabane, des guerriers de palais.
Des camarades, des vrais, deci et delà,
Laissent couler leurs larmes pourpres.
Ainsi se vide le ciel d’hiver et ses flocons
S’échappent de lui, me recouvrent mon champ
De telle sorte que lorsque les corneilles prennent leur envol
Je les salue et me dépêche pour les rattraper.

Astrid | Café Prückel, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Barbara Rieger | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Est-ce un lieu où nous vivons, respirons, aimons, une maison où les émotions reposent, se plient, brisent la vitre sur laquelle nous dansons, rions, jouons, où se trouve la pièce vers laquelle nous n’allons pas et la raison pour laquelle nous nous résignons, étrangers, faux et souriants, avec acharnement, tremblant, rampant entre les gens, qui manifestent, crient, se révoltent, pleurent et les malades qui nous embrassent avec leurs mots et nous obligent à rester, en un lieu où depuis toujours nous vivons, jouons, lisons, dans une maison où nous combattons nos sentiments, derrière la vitre qui nous permet à peine de voir dehors, où nous dansons, embrassons, respirons, crions, nous révoltons, pleurons, est-ce ça que nous voulons nous voir servir, est-ce une maison que nous méritons ?