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Regina Appel | Kaffee Alt Wien, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Regina Appel | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Le café n’a pas de mission. Il ne doit pas briller. Il ne s’impose pas. Il ne veut rien refourguer. Le café est une institution. C’est ce qui fait son succès. On y pénètre empli d’humilité en espérant être accepté.

C’est un espace toujours prêt à nous accueillir. On pense pouvoir le maîtriser. Mais c’est plutôt lui qui donne le ton et nous façonne.

Dans le café préféré, le temps n’a pas d’importance. Les années passent, les clients restent. Un bon café ne change pas. Et pourtant chaque visite est unique.

Il existe deux types de visiteurs dans les cafés. Certains rentrent chez eux et sont attendus, d’autres pas. Dans le café, tous sont sur le même pied d’égalité. Car là-bas règne la loi des frontières silencieuses. On ne crie pas « Hé ! » par-dessus les tables. Il faut une raison pour apostropher quelqu’un. C’est ça qui leur donne un côté cosy.

Le café retient nos pensées. Nous les accrochons à des cintres, les collons aux revers des sous-bocks, les étalons sur les tables en verre. Et lors de notre prochaine visite, elles réapparaissent, nous attendaient. Je cache certaines pensées avec plus de soin. Sur la face intérieure du comptoir du bar ou sous une pile de cartes du menu. Alors que d’autres, je les jette sur le sol, attendant que quelqu’un marche dessus et les emporte en ville.

Tout le monde a son café préféré. Celui qui lui sied parfaitement. Comme un bon soulier. Il faut le façonner. Au début, il serre un peu, puis il finit par nous aller et on aimerait ne plus jamais le quitter. Il ne s’abime pas. Il ne devient jamais trop petit. Ou un jour peut-être que si ?

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Regina Appel : Elle nous offre plus de connaissances que d’informations.

Que représentent les cafés pour toi ?
RA : La possibilité d’atténuer l’anonymat dans une ville et de se sentir partie intégrante d’une structure sociale.

Pourquoi avoir choisi le café Alt Wien ?
RA : Cela fait plus de 10 ans que j’ai mes habitudes dans ce café. J’y ai d’abord étudié, puis travaillé. Maintenant je viens pour y écrire.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
RA : Beaucoup de choses. Je ne passe pas tant de temps dans les cafés.

 

BIO

Regina Appel est née en 1987 dans le nord du Waldviertel et vit à Vienne. Elle a étudié l’informatique en lien avec les médias à l’Université technique de Vienne. Elle travaille comme webdesigner et écrit depuis 2018 des nouvelles. Diverses publications dans des revues littéraires et anthologies. Elle travaille actuellement sur son premier roman.

Barbara Rieger | Kaffee Alt Wien, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Barbara Rieger | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Elles griffonnent il m’aime ou il ne m’aime pas. Images aux murs. Elles font leurs devoirs, ont des interrogations écrites, passent le bac et il existe toujours une raison de partir, tout comme il y en a une de rester. Elles veulent connaître le sens. Elles rédigent un exposé pour leur UV, un exposé universitaire, un mémoire. Affiches aux murs. Elles écrivent quelques examens, les emails vont et viennent et de temps en temps elles envoient une carte postale chez elles. Elles veulent en savoir plus sur la problématique, les références, les échéances. Remise des travaux. Critères de notation. Post-it aux murs. Elles rédigent encore un mémoire de maitrise, de master et une dissertation. Elles réclament un avis, de l’attention, de l’amour, une bourse et un bon boulot. Elles écrivent moins dans leur journal intime, plus de sms. Elles demandent pourquoi il ne donne pas signe de vie. Nouvelles affiches aux murs. Elles rédigent des lettres de motivation et des listes. A faire : ranger, faire les courses, faire du sport, faire la cuisine, ciné, coiffeur, amis, enfants, souscrire une assurance-vie, perdre du poids, prendre du poids, devenir célèbre, mourir. Elles envoient des mails, encore plus de mails et demandent parfois quel est le sens, plus souvent, combien c’est payé et cherchent une bonne conseillère fiscale. Elles notent des rendez-vous dans leur agenda et de temps en temps écrivent des lettres d’amour dans leur journal intime. Elles modifient leur statut. C’est compliqué. Visages aux murs.