Linda Bühler | Atomic Café, Bienne (Suisse)
Photo : Alain Barbero | Texte : Linda Bühler
Elle attend
Un message ?
Le sourire du serveur ?
Son matcha ?
Le retour du printemps ?
Que la pluie cesse enfin ?
Entre complicité et fous rires
Ils attendent
La bonne lumière
Que le couple à côté s’efface du champ
Que la jolie table du fond se libère
Le matcha est froid déjà
Mais là devant le bar ce sera très joli tu verras
En confiance
Elle fait mine d’attendre encore
Lui capture l’instant
Dans ce lieu tant de fois visité
Des visages connus
D’autres nouveaux
Les meilleures tables sont prises
En bruit de fond la musique jazz
Les discussions
L’eau qui bout dans la machine à café
Vous prendrez du sucre ?
Ici
Des projets naissent
Des couples se séparent
On donne des cours de français
Ça fera six francs cinquante
Elle écrit elle corrige elle rêve elle s’évade
On parle français ou suisse-allemand
Ou espagnol ou
Le marbre de la table est fissuré
Les autres en formica
L’ancien devenu vintage recherché
Merci bonne journée
Un sourire
Dans son bar préféré
Elle attend
Interview de l’auteure
Pourquoi écrire et lire encore ?
Linda Bühler : Plus que jamais, lire et écrire ont du sens pour moi en ces temps troubles. Écrire afin de rester libres ici, où on a encore le droit de penser par soi-même. Écrire pour ne pas baisser les bras. Écrire pour dénoncer les injustices, ou pour le plaisir. Et lire, lire pour s’évader, pour penser à autre chose. Pour imaginer un monde meilleur. Ma fille de trois ans me donne le bon exemple pour ça ; si je l’écoutais, on passerait notre journée à lire des histoires. Je trouve ça beau.
Quelle est l’importance du café pour toi ?
LB : C’est un endroit où je peux me sentir chez moi, comme ici. J’y ai mes habitudes, cela me permet de sortir de la maison et des tâches ménagères ou administratives qui entravent ma créativité. Les cafés offrent un arrêt, prendre ce temps est un luxe qu’on n’a pas tous les jours. J’aime aussi observer les gens, parfois laisser traîner une oreille et attraper des fragments de conversations qui m’enchantent. Les cafés permettent aussi une solitude sociale tolérée, moins difficile à supporter qu’en restant chez soi. Et voir d’autres personnes qui travaillent ou font semblant me motive moi aussi à écrire.
BIO
Linda Bühler a terminé son Bachelor à l’Institut littéraire de Bienne en 2024. Nourrie par la maternité et le quotidien, son écriture explore les liens intergénérationnels, entre transmission et filiation, des thèmes qui lui sont chers. Elle enseigne par ailleurs. Seule ou avec l’AJAR*, elle écrit volontiers dans les cafés — chez elle, les lessives et la vie de tous les jours prennent trop souvent le dessus.
* AJAR : Association des Jeunes Auteurices Romand-e-s


