Dejan Gacond | Café L’Antabuse, La Chaux-de-Fonds (Suisse)
Photo : Alain Barbero | Texte : Dejan Gacond
Rencontre
On a parlé de vivre autrement. Forcément. On était ailleurs.
On a évoqué des images qui se figent au fil des rencontres. Du temps qui s’écoule jusqu’à l’instant d’une photographie. Des idées qui infusent. Du réel qui dérive.
On s’est souvenu de nos activités passées.
Lui dans les trains. Moi, ici, à l’Antabuse.
Mémoire du flux. Mémoire du fluide.
Toutes sortes de villes qui défilent.
Toutes sortes de vies qui s’enfuient.
On s’est rencontré dans un bar sans enseigne qui a le nom d’un médicament pour arrêter l’alcool. Dans un club de rien pour celles et ceux que le grand tout a oublié.
Ici, c’est ailleurs… et ailleurs, c’est le lieu des utopies tu sais ?
L’image s’est figée. L’instant s’est évaporé.
Interview de l’auteur
Quelle place occupent les cafés dans ton imaginaire d’écrivain ? Sont-ils pour toi des espaces d’inspiration, de retrait, ou de confrontation au réel ?
Dejan Gacond : Devant la vitesse du réel, les cafés sont un espace de lenteur bienvenue. Les cafés sont comme des photographies figeant le grand film du monde. Sans être hors de la réalité, les cafés sont des îlots rassurants. Ils sont autant espaces d’inspiration que de recul. Ils permettent la sincérité des rencontres, la mixité des horizons, le brassage des idéaux. Les cafés m’inspirent et je m’y perds, me nourrissent et m’abreuvent il faut dire aussi. Les cafés renouent avec la magie là où le monde s’est perdu dans sa violente accélération. Je n’y vais pas pour écrire, mais plutôt pour y faire infuser ou diluer mon travail du jour.
Le café L’Antabuse affiche une certaine marginalité, véritable contrepoint d’un monde culturel souvent lisse et calibré. Te reconnais-tu dans cette forme de dissidence ? Ton écriture est-elle un acte de résistance face aux normes contemporaines ?
DG : Mon écriture n’est pas une résistance contre les normes culturelles, souvent lisses et calibrées en effet. Il y cependant une volonté d’amener la littérature hors de ses cadres de confort, de partager la poésie avec des gens y étant à priori hermétiques, et de remuer un peu les codes établis. L’Antabuse est un endroit rempli de marginaux, de gens hors des cases sociales ou mis au ban de la société. Je m’y retrouve autrement. Il y souvent plus de poésie dans la réalité brute de l’Antabuse que dans les musées. Une poésie en liberté. Intense. Sans filtre. Par ailleurs, des endroits comme l’Antabuse sont le théâtre d’événements qu’aucune fiction n’aurait pu imaginer…
Où te sens-tu chez toi ?
DG : Partout où ça se ressemble à ailleurs.
BIO
Dejan Gacond vit et travaille à La Chaux-de-Fonds (Suisse). Les mots sont au centre de tous ses projets. Des mots partagés dans des installations immersives, dans des livres, mais aussi sur scène, à travers des projets musicaux et théâtraux. Depuis une quinzaine d’années, il imagine et réalise avec l’artiste new-yorkais Kit Brown les installations A Kaleidoscope of nothingness. Aussi habitué des scènes musicales, Dejan collabore avec de nombreux artistes et musiciens, dont l’icône underground Lydia Lunch.


