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Fabian Lenthe | Café Dampfnudelbäck, Nuremberg

Photo : Alain Barbero | Texte : Fabian Lenthe, extrait du recueil de poésie acedia, Rodneys Undergroundpress, 2021 | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Quand je compris
Pourquoi je fus encouragé
À lacer mes propres chaussures

Il était déjà trop tard

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Fabian Lenthe : La littérature est une part de liberté. En particulier comme écrivain et poète, c’est la seule chose que je fais de mon plein gré dans ma vie. Tout le reste, vous êtes plus ou moins contraint de le faire, par exemple si vous vous soumettez aux idées de la société sur ce qu’est une vie désirable, ou peut-être même si c’est ce dont vous avez envie. Je parle de fonder une famille et des conditions nécessaires à cela, ou de vivre sa vie comme on le souhaite sans être exposé à des peurs existentielles. Le revenu universel me semble être une très bonne approche. Je voudrais citer une poète que je tiens en haute estime, Lütfiye Güzel, qui a écrit dans un de ses volumes de poésie :

« ce n’est pas facile

d’être fou
& si cela ne rapporte pas d’argent,
c’est d’autant plus difficile »

(Lütfiye Güzel / bonus ?)

C’est tellement vrai !

 

Quelle signification les cafés ont-ils pour toi ?
FL : Je dois être honnête et dire qu’en raison de ma situation financière actuelle, je vais rarement dans les cafés, à moins qu’un photographe très sympathique vienne prendre une belle photo de moi et me donne l’occasion, avec une fantastique écrivaine, de me présenter au public. Merci beaucoup à Barbara et Alain !

Pourquoi as-tu choisi le Café Dampfnudelbäck ?
FL : Parce qu’il se trouve qu’il n’est pas loin de chez moi, que l’ambiance y était parfaitement adaptée et surtout, à ma connaissance, c’est le seul café qui sert de la bière Stauder. Une recommandation incontournable d’un ami poète, Urs Böke.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
FL : J’écris, je lis, je regarde des films ou je dors. J’ai appris jusqu’à présent à m’en sortir avec très peu de moyens et je suis un minimaliste absolu. Cela s’applique aussi à ma littérature. J’essaie d’aller droit au but avec peu de mots, mais en choisissant les bons. Personne n’a besoin de bla bla.

 

BIO

Né en 1985, Fabian Lenthe a grandi à Nuremberg, où il vit et écrit. Publications dans divers magazines littéraires (MAULhURE, PressWurst, mosaik, ápostrophe etc. …). Son quatrième recueil de poésie acedia sera publié chez Rodneys Undergroundpress au printemps 2021.
Il travaille actuellement à son roman.

Références citées :
Lütfiye Güzel : https://luetfiye-guezel.tumblr.com/
Urs Böke : www.ratriot.de

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Raoul Eisele | Café Weingartner, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Raoul Eisele | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

dans le café, tu décris ton idée de l’amour, dis ne m’oublie pas*

tu parles du rythme du cadran, de la
tonalité et de cet écouteur qu’encore et encore
tu raccroches alors que tu tentais de trouver le courage
d’appeler ; tu as laissé sonner une fois, deux fois,
et tu as raccroché, tu as posé encore et
encore tes doigts sur les chiffres, sur
ce petit cadran, que tu as tourné jusqu’à la butée
et relâché, léger grésillement dans la ligne puis tonalité
et tu raccrochais encore, puis tu as saisi de nouveau l’écouteur
et nous lisions sur le mur du café Telefon, nous
ouvrions la porte vers un autre temps, vers un autre
monde, mettions le récepteur contre notre oreille,
tenions le récepteur qui ne nous ne raconte plus
d’histoires, il reste muet, pas de son, pas de connexion
au bout du fil, pas de voix, pas
de mot de sa beauté, que l’on souhaiterait
certains jours, que l’on souhaiterait certaines fois ;
comme on aimerait l’entendre, ce
premier amour, cette première fois où l’on est amoureux et
ce picotement dans le ventre, tu parles de bruissement des
papillons, tu parles de papillons*, tu parles de
coup de foudre* et je pense à
mon premier amour, celui qui reste à jamais dans ton cœur
qui y laisse pour toujours comme un nœud, ou
ce premier baiser, ce contact presque enfantin de lèvres à
lèvres, sans y avoir jamais réfléchi,
et plus tard, après avoir pris un café ensemble,
une bière, on demande, lorsque l’inhibition
est surmontée, que la nervosité est passée
au second plan et qu’après avoir regardé droit dans les yeux
tu ne détournes pas immédiatement le regard
vers les murs, les sols du café,
lorsque les pieds se frôlent sous la table
et qu’on retrouve ce sentiment,
ce sourire, ce tressaillement des doigts sur le cadran
lorsqu’on tentait de trouver le courage de lui dire
qu’on l’aimait, qu’on aimerait bien la rencontrer,
et qu’on raccrochait une nouvelle fois, qu’on reprenait bien trop souvent
l’écouteur dans la main, sans jamais rien dire, sans dire : je suis amoureux.

 

*en français dans le texte


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Raoul Eisele : La littérature est une langue et la langue est tout ce que l’homme a toujours connu et expérimenté. Ainsi, tout ce qui est écrit est un élément nécessaire de la (sur)vie humaine – sans cela, nous n’aurions rien pour nous orienter, rien pour savoir, qu’est-ce qui s’est passé, où et quand, nous ne saurions rien de notre passé, de nous-mêmes. Ce sont des histoires, des poèmes et des écrits que nous utilisons pour recréer un monde passé, pour exprimer des sentiments, pour les revivre et en tirer des leçons. La littérature est donc une mise en scène et un essai, une mise en évidence et une manière d’attirer l’attention sur les griefs, ainsi qu’une exploration de son espace intérieur pour mieux se comprendre soi-même et son environnement.

Quelle importance les cafés ont-ils pour toi ?
RE : Pendant longtemps, les cafés ont été pour moi un espace de développement, de tranquillité et en même temps d’activité, comme une balade, où l’on voit les gens aller et venir, où l’on peut échanger des idées. Depuis, les cafés ont perdu une partie de leur importance pour moi – aujourd’hui, ils sont beaucoup moins un lieu de travail ou d’inspiration pour moi.

Pourquoi as-tu choisi le café Weingartner ?
RE : C’est l’un des premiers cafés que j’ai connu avant ma période viennoise – c’est donc quelque part le début de mon amour pour les cafés.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
RE : Toutes sortes d’activités avec des gens qui me sont chers, mais aussi beaucoup de choses pour moi comme lire, écrire, travailler au théâtre, dans la mesure du possible en cette période.

 

BIO

Raoul Eisele est né en 1991 et vit à Vienne. Il a étudié la littérature allemande et comparative. En 2017, il a débuté avec son recueil de poésie « morgen glätten wir träume » (Graz : Edition Yara). En 2021, son recueil de poésie « einmal hatte wir schwarze Löcher gezählt » sera publié (Berlin : Schiler&Mücke).
En 2019, il a reçu plusieurs prix et en 2020 la bourse « Startstipendium für Literatur » de la ville de Vienne. Il a également été admis dans la résidence d’artistes de Salzbourg (Salzburger Künstlerhaus). À l’automne 2021, il sera Stadtschreiber à Stuttgart (chroniqueur de la ville de Stuttgart). Depuis 2020, il est, avec Martin Peichl, co-fondateur de la série de lectures « Mondmeer & Marguérite ».

 

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Sophia Fritz | Café Schwesterherz, Cologne

Photo : Alain Barbero | Texte : Sophia Fritz, extrait de Neue Männer, alte Löcher | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Ivre, elle m’a énuméré les cinq principales pensées qu’elle a lorsqu’il entre en elle, et en tout premier se trouve le bouquet de fleurs sur le bureau et la manière dont elle essaie de ne pas perdre le vase de vue. Nous lui avons imaginé de nouveaux mots.
On dit boite à saucisses, on dit boisson gratuite, on dit repère, on dit finger food, on dit cendrier, on dit zone de confort, on dit dépression estivale, on dit cave à vin.
Quand elle parle de son petit ami, elle dit juste qu’ils ne communiquent pas vraiment, qu’ils se contentent de gouttes, qu’ils basculent parfois l’un dans l’autre, qu’ils se mélangent de temps en temps et appellent ça l’unité.
Elle dit qu’elle lui a reproché toutes ses décisions au cours des sept dernières années, qu’elle a fait de lui l’agresseur et d’elle-même la victime, et qu’il est si difficile de sortir de rôles qui ne sont plus des jeux de rôle et qu’on devrait peut-être mettre fin à une relation lorsqu’on ne se parle plus d’égal à égal.
Elle dit qu’elle n’accorde pas grande valeur aux résolutions, mais que l’année prochaine, elle sera assez courageuse pour créer une liste de choses à faire pour ses moments de faiblesse et l’accrocher à la porte du réfrigérateur, et je veux peindre ces points autour de son nombril, je veux lui demander si elle te prend parfois pour un panneau EXIT ou une salle d’attente, si elle se tient parfois devant les boissons fraiches et pense à toi, si tu as exactement une playlist ou si tu en crées toujours plusieurs, si tu as une chanson que tu passes quand tu pénètres, si on t’écrit parfois en même temps, si je peux aussi mettre mes doigts à l’intérieur de ses cuisses, si je peux aussi remonter sa robe.

 

Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Sophia Fritz : La littérature, pour moi, ce sont des sentiments et des calculs, et le meilleur moyen que j’aie trouvé pour mettre de l’ordre dans le monde. Grâce à la littérature, on peut transformer son monde émotionnel intérieur en un musée en plein air.

Quelle signification les cafés ont-ils pour toi ?
SF : Pour moi, les cafés sont comme des messages d’amis qui n’attendent pas de réponse. Des endroits qui peuvent vous supporter, dans le meilleur des cas, des endroits où l’on peut venir sans intention.

Pourquoi as-tu choisi le Café Schwesterherz ?
SF : Parce que j’aime beaucoup ce nom et sa signification. Parce que j’aime la fraternité et l’amour.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
SF : Je continue à écrire à la table de ma cuisine. Je fais une bonne bolognaise et je regarde par les fenêtres des trains les chemins de campagne. Je profite de la pesanteur de la piscine après avoir nagé.

 

BIO

Sophia Fritz est née en 1997 à Tübingen, elle étudie à la HFF (École supérieure de télévision et de cinéma) de Munich, département écriture de scénario. Avant ses études, elle a travaillé pendant un an dans un orphelinat en Bolivie et a suivi une formation pour accompagner les personnes mourantes. Son troisième roman a été publié aux Éditions Herder en mars 2019. Elle est sous contrat avec l’agence littéraire Röll depuis juin 2019. Actuellement, elle travaille à deux formats de divertissement en série.

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Manuela Bibrach | Café Enjoy, Bischofswerda

Photo : Alain Barbero | Texte : Manuela Bibrach | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Je me suis entraînée à lâcher prise
sur de jeunes oiseaux et sur des chats
dans des salles blanches à l’odeur piquante
de désinfection
un jour, j’ai écrasé une souris mourante
des jours après, je sentais encore
son corps sous ma chaussure
un léger renflement
sur lequel j’ai roulé en marchant
et le serpent blessé
dont j’ai écrasé la tête
est sûrement encore dans le champ
où je l’ai déposé
un squelette délicat
ce n’est pas comme si
je m’y étais habituée
je ne l’ai jamais appris
comme tous ces autres vocables muets
de la vie une débutante sanglante
c’est ce que je serai
au dernier moment
qui aurait le courage de me porter de l’autre côté
et qui aurait la légitimité de le faire

 


Interview de l’auteure

Que signifie pour toi la littérature ?
Manuela Bibrach : Je t’aime comme le sel dans la soupe, dit la princesse, et elle fut chassée du château par le roi parce que le sel n’était pas assez signifiant pour lui. Je connais la valeur du sel et peux dire que la littérature est aussi importante pour moi que cela.

Que représentent les cafés pour toi ?
MB : Les cafés m’attirent parce que le bruit de fond des conversations des autres clients m’ouvre l’esprit et m’inspire. Je vais dans les cafés pour travailler en solitaire mes textes et échanger avec d’autres écrivain(e)s. Pendant mon séjour à Wroclaw pour ma bourse littéraire en 2018, le “Literatka” était mon endroit préféré où j’aimais travailler à mon manuscrit. Cependant, on ne peut pas faire l’expérience de la vraie culture des cafés (viennois) ici, cela reste donc un rêve nostalgique pour moi.

Pourquoi as-tu choisi le Café Enjoy ?
MB : Le Enjoy à Bischofswerda est l’un des cafés où je rencontre souvent d’autres auteur(e)s. Je choisis mes cafés selon plusieurs critères : excellent espresso, ni trop bruyant, ni trop calme, absence de napperons sur les tables. Au fond du Enjoy, c’est sombre et mystérieux et on peut y déguster de fantastiques cocktails.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
MB : Quand je ne suis pas au café, on peut me trouver chez moi derrière l’ordinateur en train d’écrire et de lire, en train de parler à l’un de mes chats, ou dans mon camping-car en train d’explorer de nouvelles contrées avec mon chéri.


BIO

Manuela Bibrach est originaire de Dresde et ingénieure diplômée en aménagement du territoire et protection de la nature, spécialisée dans l’éducation et la psychologie environnementale. Elle écrit depuis qu’elle sait écrire, principalement de la poésie et des textes courts. Il y a environ treize ans, elle a rendu pour la première fois ses textes publics. Depuis, elle a remporté quatre prix littéraires et reçu une bourse littéraire à Wrocław de la Fondation culturelle de Saxe. Jusqu’à ce jour, elle a déménagé treize fois et et vit actuellement en Haute-Lusace. Pour gagner sa vie, elle travaille comme rédactrice.

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Klaus Berndl | Café Steinecke, Berlin

Photo : Alain Barbero | Texte : Klaus Berndl | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Cela pourrait tout aussi bien être différent. Si on était en 1312, de l’herbe épineuse et broussailleuse pousserait à cet endroit, une boulaie claire ferait office de décoration boisée, et les trois ouvriers là-bas en pantalon de travail seraient des paysans, et ils parleraient la langue du pays de Havel et non le polonais. Nous serions très certainement assis ensemble ; car en 1312, on se retrouverait ainsi, on mangerait ensemble pour ne pas s’entretuer, car on ne tue pas ceux avec qui on partage le repas. Les trois ouvriers s’en vont, laissent un sac derrière eux – cela n’arriverait pas en 1312 ; je les interpelle.

Je pourrais tout aussi bien être la femme là-bas, milieu de quarantaine : je porterais alors un épais maquillage – presque comme un masque – je pèserais probablement le double et tendrais le bras vers la tasse de manière plus pesante qu’aujourd’hui, je prendrais une gorgée, me rincerait la bouche avec le café, reposerait la tasse et continuerait de lire : introduction à la microéconomie. Quelques phrases et mon rendez-vous arrive. Ma fille ? Non. Nous nous embrassons, elle s’assoie, nous causons et je lui tends quelques boites de médicaments. Je pointe mon doigt vers la première et j’explique – comme mon ongle violet est long ! – puis je passe à la suivante et elle acquiesce. Je sais pertinemment qu’elle ne va pas s’en rappeler. Pourtant il n’y a pas de notice à l’intérieur, dans les boîtes se trouve autre chose que l’intitulé indiqué.

Si on était en 2312, on retrouverait ici de la prairie, du silence – pas d’oiseaux ni de mouches – et je serais assis sur un banc rond en pierre, qui ferait partie d’un mémorial de l’attentat de 2020, oublié depuis longtemps – il ne resterait qu’un petit parc, un endroit avec vue panoramique au-dessus duquel les nuages de la taille d’un vaisseau passeraient, virevolteraient – les palmes bruisseraient au-dessus de moi et un homme maigre, au visage pale pénètrerait sur la pelouse. Il viendrait dans ma direction, à grands pas. Me dévisagerait.

Cela pourrait tout aussi bien se dérouler autrement, ailleurs ou dans un autre temps. Il pourrait aussi ne rien se passer. Je pourrais rester silencieux.

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Klaus Berndl : La littérature est la seule forme de communication qui fasse vraiment sens. C’est le seul moyen de dire les choses exactement de la manière souhaitée, et de pouvoir exprimer tout ce que l’on veut dire. Seule cette communication est vraiment complète ; seule cette communication est vraiment une jouissance.

Que signifient les cafés pour toi ?
KB : Chaleur. Calme. Café, odeur de café. Et plein de gens qui nous laissent tranquilles : des espaces de calme dans le jeu de dés de la vie. Lieux où l’on peut être. Lieux.

Être.

Pourquoi as-tu choisi le Café Steinecke ?
KB : Pour la plupart des gens, ce n’est pas un endroit pour rester, mais un lieu de rendez-vous entre la station de S-Bahn et le magasin de bricolage. Ici, on se retrouve, on vient se chercher, on fait des plans. Personne ne reste longtemps. Personne ne lève la tête et voit la beauté de cette pièce : cette hauteur, cette liberté d’esprit, cette sensation de l’infini. D’ici, on voit le soleil se coucher au Nord.

Ici, je n’attire pas l’attention. Ici, je suis en sécurité.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
KB : Je pense, et par conséquent je suis.

 

BIO

Né en 1966 à Mayen, Klaus Berndl a grandi en Bavière et vit à Berlin. Antiquité tardive, haut Moyen Âge, Moyen Âge central et bas Moyen Âge. Époque moderne (18ème siècle). 20ème siècle (époque contemporaine).
www.klausberndl.de  www.wortrandale.de  www.889fmkultur.de

Feindberührung: Hamburg, 2004. (Hg.) Wenn im Norden das Licht schmilzt: Tübingen, 2020. Der Brand: Berlin, 2022.
Prix Martha Saalfeld, Prix Agatha Christie , … Écrivain pour la ville de Beeskow en 2016.

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Christian Szabo | Verse Toujours, Paris

Photo : Alain Barbero | Texte : Christian Szabo (Christone), tiré de la chanson It’s up to you

 

They just go to work endless hours a day
Without givin’ a damn, it’s not their way.
Bein’ indifferent, they won’t even try,
Watchin’ life is just passing by.

But you, you had a dream once.
So make it come true.

 


Interview de l’auteur

Que signifie pour toi la littérature ?
Christian Szabo : Ma mère est professeure de littérature, l’écriture a donc toujours été très présente pour moi, du plus jeune âge jusqu’à aujourd’hui. Comme musicien je pratique une certaine forme d’écriture au travers des textes de mes chansons, écrits en anglais.

Que signifient pour toi les cafés ?
CS : Ils sont indissociables des livres. Je cherche volontiers le cadre d’un café pour me plonger dans un livre. Je voyage beaucoup, et la première chose que je fais en arrivant dans une ville est de chercher mon café, comme une oasis. Pouvoir ensuite y revenir, retrouver mes repères, me faire connaître comme un habitué. Un ” A home away from home”. Les premiers souvenirs d’une ville sont souvent les souvenirs d’un café. A l’évocation de Salzbourg par exemple me revient ce que j’ai écouté dans un de ses cafés.

Pourquoi as-tu choisi le ” Verse Toujours ” ?
CS : C’est mon café, l’endroit où je vais chaque jour. J’aime sa décoration, typique des cafés français avec ses références au cinéma et à la littérature. Un véritable café de quartier à l’angle de ma rue, dans un des coins les plus charmants de Paris, près du Jardin des Plantes. Les serveurs me connaissent bien, je fais très “local patriot” dans le 5ème arrondissement.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
CS : Je fais des concerts, et entre les concerts, je voyage et trouve d’autres cafés.

 

BIO

Christian Szabo a toujours rêvé de faire de la musique, dès son plus jeune âge. Sa passion ne l’a jamais quitté, son diplôme en économie en poche, il s’installe à Monaco, puis à Paris où il commence à donner des concerts, sous le nom de Christone. Amoureux des voyages, il emmène sa musique à travers le Monde : Brésil, Espagne et Indonésie, toujours en train de jouer, toujours en train d’écrire. Son morceau “Another chance” le fait remarquer auprès des critiques et de ses pairs. Il enregistre depuis à New-York, et la sortie de son dernier clip est imminente.

https://www.christonemusic.com/

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Ron Winkler | Ocelot, Berlin

Photo : Alain Barbero | Texte : Ron Winkler | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Erratum

Il faut que je le redise : seul le roman comble, si un poème ne le peut. C’est pour cela que j’ai tant de virgules, ces gouttes de pluie de la grammaire. Un tram s’avance pour l’armée. As-tu besoin d’une confirmation ? Un sac ou un geste qui survit à la survie ? Rempli de phrases qu’il faut chauffer à un peu moins de cent degrés dans le carburateur. Toutes celles qui y entrent font tourner les pages et cherchent leur nom. J’avais aussi un vélo-dynamite comme celui garé devant le magasin, l’épicerie, le café. La fenêtre entre lui et moi ternit les gens toute la journée, tandis que je papillonne dans mon carnet (sur la face de ma vie opposée à la déclaration de revenus). Il faut que ce soit dit. Le monde (la vie) est la couverture de ce lieu (la vie). Et le café moulu est fait de chacune des secondes, où j’étais ici, où je suis devenu ce que je suis. Je figure dans l’ours : en tant que matière, taille de référence pour le vase sur la table mis en valeur par des fleurs. Les faits, qui n’existent pas, je les remplis. A l’instar de champs lexicaux, qui me caractérisent. Avec des lividités cadavériques, je suppose. Peut-être aussi des astres aux extraits de caféine dans le champ de force du vase d’Achille. Des foyers, qui ne forment aucun texte, à aucune vitesse ocelotienne. Une chaleur paît dans la ville, forte d’au moins dix mille pages. Du foin avec plein de lettres : le parc de Weinberg. Une minute ici est composée de vingt arbres, que je ne vais pas redire une nouvelle fois. Des arbres qui semblent être beaucoup plus en stock que moi, plus extérieurs que moi, plus boisés que moi. Mais je suis doué pour défictionnaliser, moi-même. Et il m’en reste tout de même sur les lèvres, de ces nuées d’abeilles que forment tous ces livres. Des ganglions. Des moments inédits emballés dans des mots. Qui sont précurseurs, sortent du cadre, ont des intuitions. Engranger parfois un peu de saletés dans le cœur des papiers fins. Déduis-le des impôts. Efface-le entre les virgules. Souhaite-le à tes pires moments de leucosélophobie.

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Ron Winkler : Oh.

Que représentent les cafés pour toi ?
RW : Ils sont une bouée de sauvetage face à mon propre appartement. Au café, je m’impose quelque chose d’étranger, d’autres énergies, d’autres voix. Et des contraintes du simple fait de la présence des autres. Je peux rencontrer ou pas. Je peux me mettre en mode poésie ou m’en distancier en revenant dans le monde réel. Les reboots sont essentiels.

Pourquoi as-tu choisi le café Ocelot ?
RW : À cause de sa proximité et de son expertise, de son charme et de son atmosphère. Parce que c’est le berceau et le siège du vrai, du beau et du brillant. Parce que la lumière est bonne, que l’équilibre entre le calme du lieu et les nuisances extérieures est donné. En raison de la famille chaleureuse : Maria, Ludwig, Jane, Eva, Magda, Lia, Alex, Hannah, Julia et Cecilia.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
RW : Enfant, échecs, faire les courses, livres. Dénicher idées et perturbations. Réfléchir aux raisons de retourner au café.

 

BIO

Ron Winkler est né en 1973 à Jena. Il écrit et traduit principalement des poèmes. Il a publié de nombreuses anthologies lyriques. Ses poèmes ont été traduits dans plus de 25 langues. Au Mexique, en Ukraine et en Slovaquie ont été publiés des recueils de ses poèmes.

www.ronwinkler.de

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Adrian Kasnitz | Traumathek, Cologne

Photo : Alain Barbero | Texte : Adrian Kasnitz | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

« Ils montrent des films au Rabe », dit Freisenberg.
« Quel genre ? »
« Je ne sais pas vraiment. D’étudiants des Beaux Arts. »
« Quand ? »
« Dans une demi-heure. »
Bender entendit un craquement. Freisenberg raccrocha et monta les escaliers en courant. Bender avait à peine raccroché que Freisenberg était déjà dans l’encadrement de la porte et cria :  « t’as fini ? »
Il expédia ses pensées par la fenêtre et laissa toutes ses affaires de la fac, le manuel de français et ses notes du cours, qu’il voulait reprendre ce soir. Ce qui n’aura pas lieu.
Ils allèrent directement vers leur vélo, devant la maison, les enfourchèrent et partirent sans prêter attention à la signalisation ni aux feux. D’abord en direction de l’étang, puis de la Rudolfplatz. Ils descendirent des vélos, les accrochèrent à un lampadaire et ralentirent le rythme. Ils se regardèrent, observèrent la coiffure et l’habillement de l’autre, passèrent une main dans les cheveux, époussetèrent leurs vêtements, s’essuyèrent le front et firent une courte pause. Puis la porte s’ouvrit et ils se retrouvèrent dans le café Rabe. La lumière était faible, la salle enfumée.

Extrait de : Studentenroman (non publié)

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Adrian Kasnitz : La littérature est toujours synonyme d’une plongée dans un monde inconnu, d’une nouvelle perspective. C’est pour moi l’art le plus érotique car tout ce qui se passe dans son univers a lieu dans la tête, dans l’imaginaire. Dans ce texte, ce ne sont pas seulement deux êtres qui éprouvent de l’attirance, mais tous les éléments sont entremêlés, entrent en contact et se repoussent.

Quelle importance les cafés ont-ils pour toi ?
AK : Je vais souvent dans les cafés. Ce sont des lieux de travail pour moi. Je n’écris pas vraiment dans les cafés. Mais j’y rencontre des gens, parfois des amis, et souvent des collègues, des journalistes, des photographes. Les appartements à Cologne sont petits, pas du tout comparables à ceux que j’ai vus dans d’autres endroits. Le salon, pour les habitants de Cologne, est tantôt le pub, tantôt le café. Pour moi, le café est le lieu représentatif qui manque à mon appartement.

Pourquoi as-tu choisi le café Traumathek ?
AK : Pendant longtemps, j’allais et venais dans un café du quartier. Mais il a perdu de son charme ces dernières années. J’aime le café Traumathek, qui était à l’origine un magasin de vidéos et qui est devenu récemment de plus en plus un cinéma d’art et essai et un lieu d’événements. Les affiches évoquent le monde des vieux films français ou italiens que je regardais tard le soir avec ma mère quand elle n’était pas de nuit et ne pouvait pas dormir.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
AK : J’aime les longues promenades, les balades en ville dans les autres quartiers, les petits détours par des endroits que je ne connais pas bien et que je surprends parfois.

 


BIO

Adrian Kasnitz est né sur les rives de la Baltique et a été élevé dans les monts de Westphalie. Il vit à Cologne depuis de nombreuses années. Il a récemment publié le sixième volume du cycle de poésies Kalendarium aux éditions parasitenpresse et le roman Bessermann aux éditions Launenweber.

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Johanna Hansen | Petit Rouge, Düsseldorf

Photo : Alain Barbero | Texte : Johanna Hansen | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Les mouches de beauté ce soir-là
sont une douzaine d’huîtres.

Elle pense ainsi plaire,
ou tenir sous les bras parfumés les rênes
d’assertions, à travers lesquelles ne passe aucun chemin
qui ne soit plus long qu’une simple évocation.

Autour du cou un collier de perles.
L’envie doit au moins lui accorder cela.

Elle a des jambes élancées à sa place
qui plaisent toujours.
Elle fait claquer ses talons, carrés,
à ses bottes, aux pieds de table,
sous les lustres.

En face d’elle, il donne un cours accéléré en haussement d’épaules,
prend d’un rien une longueur d’avance,
veut tout garder sous contrôle, alors qu’elle tente
de respirer avec les yeux,
sans perdre la vue d’ensemble.

Elle aimait bien servir l’été dans de la porcelaine blanche.
L’été entier.

Son souhait, en quelque sorte : ne rien gâcher.
Ni la pochette.
Ni le hochement de tête familier.
Ce sentiment d’être pris en flagrant délit
quand les émotions ne demandent qu’à sortir.

D’un œil exercé, dans le miroir derrière le bar,
elle fait briller sa langue.

Comme une seconde peau.

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi?
Johanna Hansen : Un espace de liberté pour laisser les pensées flâner. Dans toutes les situations de la vie. Notamment en cas d’insomnies. De perplexité. Elle apporte aussi consolations et connaissances. Loisirs. Mais avant tout : Espace pour les sentiments, les mots, l’air.

Que représentent les cafés pour toi ?
JH : Ils ne représentent plus autant pour moi, depuis que la culture des cafés avec laquelle j’ai grandi et où on se retrouvait avec des amis pour parler de tout et de rien, a disparu de tant d’endroits et pas seulement de ma ville, au profit de chaînes pour les cafés à emporter.

Pourquoi as-tu choisi le café Petit Rouge ?
JH : Le Petit Rouge est le trait d’union idéal entre café, gâteaux et cuisine de bistrot, chansons et peintures originales. Un bel endroit, intime, au coin de la rue, que j’aime bien fréquenter quand j’ai une soudaine envie de changer de décor ou de rencontrer quelqu’un. Malheureusement ce petit café peu conventionnel n’a pas survécu au lockdown. Je le regrette beaucoup.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
JH : Dans la journée, je passe beaucoup de temps dans mon atelier, je peins ou j’écris. Pendant les pauses, je me balade le long du Rhin, je lis, le soir je regarde la télé ou facebook et je m’immerge régulièrement dans Youtube avec mes écouteurs pour regarder des contenus littéraires et musicaux. J’organise mon travail et fais toutes les choses du quotidien. Parfois j’invite des amis à la maison. Petites escapades de temps en temps pour aller à des lectures ou expositions ou autres événements culturels. Elles apportent des touches de couleur dans ma vie.

 


BIO

Johanna Hansen a passé son enfance en Basse-Rhénanie. Elle a étudié l’allemand et la philosophie à Bonn. Diplômée d’état 1er et 2ème niveau. A d’abord été journaliste et enseignante. Elle a commencé en 1991 ses activités artistiques.
Auteure et peintre. Depuis 1993, elle a fait de nombreuses expositions et publié de nombreux ouvrages depuis 2008. Dernière parution. « Zugluft der Stille », aux éditions offenes Feld en 2020. En 2019, elle a remporté le prix littéraire Postpoetry de la région de Rhénanie-Nord-Westphalie.

Depuis 2013, elle publie la revue littéraire WORTSCHAU.
www.wortschau.com

En collaboration avec des musiciens, compositeurs et artistes vidéastes sont nées des performances, films poétiques et projets réunissant littérature, musique et images.

www.johannahansen.de

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Dominique Zay | Ad’hoc Café, Amiens

Photo : Alain Barbero | Texte : Dominique Zay

 

Une photo, ça nous regarde, ça nous interroge, ça nous demande de vivre une émotion, et nous avons le choix. Des paysages aux visages, d’ici ou d’ailleurs, au dehors tôt ou tard dans un bar, une photo respire aussi bien les ambiances que les silences, l’agitation que le calme.
C’est un tour de magie qui arrête le temps pour mieux en célébrer le mouvement et qui transforme une fraction de seconde en éternité.
Les couleurs jalousent le noir et blanc et nous transportent pour un voyage en images. Alors que plus rien ne bouge, tout se transforme. Le monde change quand le regard se pose et sensiblement, nous aussi.

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Dominique Zay : Une fenêtre, une source de lumière, une résilience…

Que représentent pour toi les cafés ?
DZ : Un autre chez moi où je suis l’invité.
Et aussi un formidable spectacle où j’observe les gens, je leur fabrique des scénarios de vies… inépuisable.

Pourquoi as-tu choisi le « Ad’hoc Café » ?
DZ : C’est lui qui m’a choisi : je m’y suis assis et il m’a tout de suite semblé que le monde était bien ordonné, tout simplement. Chaque chose était à sa place et moi aussi, en harmonie.

Que fais-tu quand tu n’es pas dans les cafés ?
DZ : Salons polar, BD, ateliers en prisons, et écriture, écriture…
En fait, j’y suis peu dans les cafés, je suis un sauvage qui se soigne, d’où l’exigence quand je sors de me sentir en complicité avec le lieu qui sera peu commun…une intimité collective.

 

BIO

Dominique Zay n’a pas eu d’enfance, il est né directement à l’âge de 16 ans, dans un cirque. On le retrouve dans les coulisses d’un théâtre et son portrait apparaît sur des couvertures de romans policiers.
On perd sa trace à l’orée d’une forêt.
Son nom ressurgit car il fonde un parti politique qui prône la « fin de tout ». En l’an 2000, il refuse le Prix Nobel de l’Apeuprès. En 2010, il fait ses adieux au patinage artistique.
En 2013, il commence la BD.
On ne l’arrête plus, même Interpol y a renoncé.
Dernier détail : Dominique Zay ne ressemble absolument pas à George Clooney !