Archive d’étiquettes pour : Café

Angelo Vannini | Bistrot littéraire Les Cascades, Paris

Photo : Alain Barbero | Texte : Angelo Vannini 

 

Le Bistrot littéraire Les Cascades est un lieu que j’aime beaucoup, car j’y vois, en arrière-plan, un projet politique de résistance à la gentrification, un refus simple et ferme de l’exploitation capitaliste. Caroline, la propriétaire, maintient délibérément les prix au plus bas. Le lieu est fréquenté surtout par les gens du quartier, et par de jeunes comédiens qui étudient dans une école de théâtre, juste à côté. Pour moi, c’est un endroit précieux. Même lorsque l’atmosphère se fait très vive, je parviens toujours, comme par magie, à m’absorber dans mon travail : lire, écrire, traduire. Y a-t-il vraiment des frontières entre ces trois gestes ? Il y a quelques jours, aux Cascades, je lisais et essayais de traduire du japonais en italien le recueil d’un ami qui vit à Tokyo. Et, un peu comme il arriva à Fortini avec Brecht, des vers inspirés par son écriture sont venus me visiter :

dato che fotografavi la bella crudeltà
con un filo di formicolio

rinasceva un senso di museo 
dopo Richter Pasolini Nakagami

cercando vicoli perduti
per la penisola di Kii

tutto il dolore del pensare
senza smalti né cammei ti fingo

ogni fine di genealogia
dal paesaggio non più mobile

Des vers que je vais tenter, juste pour te faire plaisir cher Alain, de « tourner » tant bien que mal en français :

puisque tu photographiais la belle cruauté
avec un fil de fourmillement

renaissait un sens de musée
après Richter Pasolini Nakagami

cherchant des ruelles perdues
dans la péninsule de Kii

toute la douleur du penser
sans émaux ni camées je te façonne

chaque fin de généalogie
depuis un paysage non plus mobile

 


Interview de l’auteur

La littérature peut-elle encore sauver le monde ?
Angelo Vannini : Tu dis « encore », et je me demande si elle l’a jamais fait. Probablement pas. Mais je connais des êtres qui ont été sauvés par la littérature, je crois en avoir rencontré trois ou quatre dans ma vie, au moins. Cela me suffit.

Comment pouvons-nous encore nous asseoir confortablement dans un café face à la situation du monde ?
AV : Nous ne le pouvons pas. Pas « confortablement », en tout cas. Je dois dire que depuis quelque temps, il n’y a plus rien que je parvienne à faire confortablement, et c’est peut-être mieux ainsi.

Où te sens-tu chez toi ?
AV : Nulle part. Mais j’en viens à penser que c’est peut-être cela, justement, la véritable condition pour habiter. Longtemps, j’ai habité les mots faute de pouvoir habiter le monde ; aujourd’hui, je vois que même les mots deviennent parfois inhabitables. C’est une chance. C’est cela en effet qui nous permet d’être justes – ou du moins d’en poursuivre la quête – sans nous assoupir dans ce que nous croyons être. Tu vois, avec le temps, j’ai appris qu’on peut écrire aussi avec le regard, que l’humanité est féroce et douce à la fois, et que de cette férocité comme de cette douceur nous sommes tous également – mais diversement – responsables.

 

BIO

Angelo Vannini est un écrivain italien qui vit à Paris. Il est l’auteur du recueil de poèmes Fogli di sosta (2023), du roman Stoffe da Shiga (2022) et de la méditation poétique L’intermissione dei cigni. Cinquantanove giorni alla frontiera della letteratura (2017). Ses pièces de théâtre, écrites en italien, en français et en anglais, ont été jouées à Milan (La Triennale), à Paris (Centre Pompidou ; Panthéon ; Mairie du 5e arrondissement) et à New York (La MaMa Theatre). Il dirige la collection de poésie « la lumière obstinément » pour l’éditeur italien Affinità elettive.

Serge Deruette | Le Ropieur, Mons (Belgique)

Photo : Alain Barbero | Texte : Serge Deruette

 

Le bistrot Le Ropieur, sur la grand-place de Mons, mais sur un coin. Ou si l’on préfère, sur un coin, mais sur la grand-place. Au cœur de la ville mais désaxé. Simple et discret : l’antidote à la grandiloquente et pharaonesque gare de Mons. L’antre d’une faune bigarrée, tout à la fois modeste et haute en couleurs. Une tanière d’artistes, de glandeurs, de causeurs, d’étudiants, d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, qui se côtoient et se mélangent. Et du matin au soir, faisant partie des meubles « l’homme au chapeau plein de plumes et aux sandales pleines d’orteils ». Des tables de cuivre gravées de ses dessins, de ceux de Poliart et d’autres artistes locaux. Une fresque murale peinte par Marat aussi. L’esprit du Batia y plane : le Batia moûrt soû (mort saoul : « le Bateau Ivre », en bon français rimbaldien), la gazette satirique du coin ! 
À Mons, c’est mon stam café. Un repaire sans trop de repères, où tout est aussi son contraire. On s’y retrouve entre potes et on se retrouve soi-même. En y rencontrant au hasard de qui s’assied dans son voisinage, c’est soi-même que l’on rencontre. S’y enfermer est libération. Un lieu sans surprises, mais non sans des découvertes. Si l’on y a ses habitudes, elles sont toujours peuplées d’imprévus, au point où l’habitude est d’y espérer l’imprévu. 
Espace de repos fait d’agitation, d’animation faite de calme, on y entre pour mieux sortir, de soi et de la routine. On s’y pose, on s’y repose, on s’y expose. Et si l’on y échange des idées, c’est pour affiner les siennes – quoique… On s’y ressource, mais pas que d’eau : on s’y grise. Et si l’on y assomme – parfois, ou souvent, c’est selon –, on y plane aussi.
Et puis, il y a de l’Orval – pas du vieux, n’exagérons rien, c’est très difficile à trouver – mais au moins du tempéré, comme il sied de le boire, pour qui sait l’apprécier.

 


Interview de l’auteur

Quelle est pour toi l’importance de l’histoire ?
Serge Deruette : On répond habituellement qu’elle aide à comprendre le présent. Mais quelle histoire ? L’histoire des « grands hommes » ou celle des masses populaires ? Et quel présent ? Celui des belles valeurs si satisfaisantes de démocratie (laquelle ?), de liberté (pour qui ?), de Droits humains (lesquels et pour qui ?)… ou celui des rapports de forces, celui des violences, des oppressions, des guerres que ces belles valeurs masquent d’autant plus opaquement qu’elles sont bruyamment invoquées, et celui des luttes pour s’en libérer.

Et celle de l’enseignement de l’histoire ?
SD : Enseigner pour moi, c’est armer mes étudiants pour qu’ils soient, non des intellectuels au-dessus de la mêlée, mais au service des masses. Montrer que l’histoire n’est pas celle des valeurs ni des idées (mon cours d’histoire de la pensée politique est celui de l’histoire des conditions matérielles de leur émergence et de leur évolution), mais celle des classes et des luttes entre elles.

Où te sens-tu chez toi ?
SD : Dans le monde des gens simples, celui des pauvres et des opprimés, le monde d’où je viens et auquel je reste fidèle. Dans la lutte pour un monde meilleur, celle des masses travailleuses, et dans la solidarité avec les peuples que l’on écrase, que l’on réprime, que l’on humilie.

 

BIO

Serge Deruette est né et a vécu sa jeunesse à La Louvière ouvrière, terre belge de charbon. S’il enseigne à l’Université de Mons (l’UMONS) l’histoire contemporaine et celle des idées politiques, c’est en tant que résilient, comme contestataire de la pensée mainstream : l’histoire vue d’en bas, celle des masses laborieuses qui la font. Il contribue aussi à faire connaître les idées de Jean Meslier, ce bon curé athée, matérialiste, communiste et révolutionnaire du début du siècle des Lumières.

Volkmar Mühleis | Forcado Pastelaria, Bruxelles

Photo : Alain Barbero | Texte : Volkmar Mühleis | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Pour moi, le Forcado est un havre de paix – on pénètre dans la salle, on est accueilli par les pâtisseries les plus raffinées, par le sourire amical des dames pleines de vie derrière le comptoir, on s’essaie à la douceur de la prononciation portugaise pour indiquer son choix, on commande une boisson, selon l’heure de la journée, un café ou un porto, puis on se rend dans la partie profonde et lumineuse du café pour s’installer confortablement. Ce n’est pas un café ancien, ni un café résolument moderne, il n’y a pas de musique, seul le silence des conversations et des lectures emplit l’atmosphère (un coup d’œil sur son smartphone est toléré, mais les ordinateurs portables sont mal vus). Il vint et s’assit devant sa tasse de café / parla lentement d’une voix grave / aussi charmant et sauvage que celui qui / trouva la clé de ses jours dans les mots – Gastão Cruz. J’écoute donc ma voix intérieure, en lisant ces mots, je remercie pour le café et les pâtisseries que la femme me sert sur un plateau blanc. Un couple âgé est assis à la table d’en face, silencieux, lui regarde par la fenêtre, elle feuillette un magazine, puis elle lui montre un passage et il hoche la tête, les yeux malicieux. Une file d’attente s’est formée devant le comptoir, les touristes affluent sans cesse depuis le musée Horta situé à proximité. Je suis confortablement installé au fond du café, je feuillette mon livre, je laisse les pages et le temps défiler devant moi, les passants affairés comme les flâneurs. Je suis réveillé / par le chant d’un oiseau. C’est peut-être le soir / qui veut s’envoler – début d’un poème d’Eugénio de Andrade, et même si le temps passe vite, les deux hôtesses ont le temps, elles finissent par remonter discrètement les premières chaises, mais restez donc tranquillement assis, il n’y a pas d’urgence. Elles semblent elles-mêmes apprécier de voir un client qui prend son temps. Alors, un autre porto après le café ? Claro !

 


Interview de l’auteur

Les cafés : lieux d’interaction sociale ou de pure consommation ? 
Volkmar Mühleis : Il n’y a rien de plus agréable que de discuter avec des personnes chères dans un café, de profiter ensemble de l’ambiance, de lire, de regarder par la fenêtre. C’est à la Brasserie Verschueren à Bruxelles que j’ai fait la connaissance du poète Rashid. Nous ne nous sommes jamais dit nos noms de famille, et il semble avoir déménagé depuis quelques années. C’était un homme subtil et mondain, avec une grande nostalgie dans le regard (je lui ai consacré un passage dans mon journal bruxellois, publié en 2022). Seul avec un livre, les heures passées au café sont un plaisir d’un autre genre : intime, au milieu des autres, en voyage avec ses propres pensées…

Tu es auteur et musicien : comment cohabitent ces deux formes d’expression artistiques chez toi ?
VM : L’écriture est le fil rouge de toutes mes activités : j’écris des poèmes, des histoires, des chansons, je compose de la musique, je travaille sur des textes philosophiques. Le jour et l’heure déterminent le rythme entre ces différents travaux La poésie nécessite une bonne oreille pour les mots, la philosophie également un sens littéraire, la musique ne vit pas seulement de l’empathie, elle nécessite également un regard critique sur la vie. Je trouve cette interpénétration extrêmement enrichissante.

Où te sens-tu chez toi ?
VM : Parmi des personnes bienveillantes, dans ma langue maternelle, l’allemand, avec une musique émouvante, dans des lieux qui invitent à la contemplation…

 

BIO

Volkmar Mühleis (né en 1972) est écrivain, philosophe et musicien. Il enseigne la philosophie et l’esthétique à la LUCA School of Arts à Bruxelles et à Gand. Il a publié trois recueils de poésie, trois nouvelles, deux journaux intimes et plusieurs monographies philosophiques. Avec son ensemble d’improvisation Brussels Cleaning Masters, il se produit régulièrement depuis 2015 : aux Ateliers Claus à Bruxelles, au musée d’arts de Solingen, au 019 Gent, à l’Alter Schlachthof Eupen, etc. Plus d’informations : www.volkmarmuehleis.eu

Philippe Marczewski | Le Kleyer, Liège

Photo : Alain Barbero | Texte : Philippe Marczewski

 

J’aime entrer au Kleyer, l’hiver, en milieu de matinée, quand la lumière basse du soleil traverse les petits carreaux verts et tombe sur les tables — des tables usées, qui semblent être là depuis la nuit des temps. C’est peut-être ce que je préfère. À cette heure-là, il n’y pas pas grand monde, on a la sensation de posséder l’espace. C’est un bon moment pour lire, ou ne rien faire, et seulement se satisfaire du soleil hivernal. 

Vers 17 heures, c’est différent. J’entre, il y a un boucan d’enfer, mes lunettes se couvrent de buée. Je dois me contenter d’un coin de table concédé par des inconnus. Bizarrement, c’est le moment que je préfère pour travailler. Si, disons, je bloque sur un texte, ou si je peine plus que d’ordinaire à m’extraire du doute insondable qui est la condition de l’écriture, une séance d’une heure de travail, baigné dans le brouhaha du Kleyer en fin de journée, suffit à me remettre d’aplomb. À débloquer la machine. Je ne me l’explique pas.

Le Kleyer est installé à la lisière du quartier le plus bourgeois de la ville. C’est pourtant un café populaire, et selon l’heure, on peut y entendre des conversations politiques très diverses. De vieux conservateurs voisinent avec des militantes progressistes. Et puis c’est un café de supporters du Royal Football Club Liégeois où se retrouvent pas mal de supporters de l’autre club, le Standard de Liège. Bref, c’est ce que j’appelle un lieu de friction : une salle pas très grande où, pour ainsi dire, le linge est brassé comme dans le tambour d’une machine à laver.

J’ai beaucoup d’amis qui fréquentent le Kleyer, mais je ne les croise presque jamais par hasard. C’est, pour moi, un autre grand mystère.

 


Interview de l’auteur

Que peut faire la littérature ?
Philippe Marczewski : Chercher une forme au langage pour dire ce que nous sommes.

Les cafés : lieux d’interaction sociale ou de pure consommation ?
PM : Même les quelques purs consommateurs que j’ai connus cherchaient un peu d’interaction sociale. Ce sont des lieux où l’on se frotte au monde, aux amis comme aux inconnus.

Où te sens-tu chez toi?
PM : Avec les gens que j’aime ; dans un paysage ouvert avec un ciel immense ; et dans quelques villes, muni d’un livre et de quoi écrire.

 

BIO

Philippe Marczewski est écrivain et enseignant. Ses deux premiers livres ont été publiés par les éditions Inculte : Blues pour trois tombes et un fantôme (2019), un récit mélancolique explorant les états d’âme générés par sa ville, Liège, et Un corps tropical (2021), un roman caustique d’aventures contemporaines (Prix Victor Rossel, mention spéciale du Jury du Prix Senghor). En mars 2024, les éditions du Seuil ont publié son roman Quand Cécile (mention spéciale European Union Prize for Literature, 2025), qui évoque, sans tristesse, l’absence, le deuil, la mémoire et l’oubli. Il tient une rubrique d’exploration du territoire dans le magazine Imagine Demain le monde, et publie divers articles et chroniques dans le magazine Wilfried

Watson Charles | Café associatif La Commune, Paris

Photo : Alain Barbero | Texte : Watson Charles

 

Café de La Commune libre d’Aligre

Dans un décor à la fois simple et atypique, le café La Commune apporte, à ceux qui viennent boire un verre ou discuter, un calme serein face ce à brouhaha, à cette odeur étouffante que connaît Paris. Près des murs tapissés d’affiches, appelant à la révolte ou à combattre les injustices, Guillaume me parle de sa prochaine soirée de « Poésie en liberté », qu’il organise une fois par mois dans le café, où il invite des gens à venir lire leurs poèmes, à interpréter du Brel, du Ferrat. Se trouver dans ce lieu est ce qu’il y a de mieux pour échapper à ce monde qu’on juge impitoyablement mauvais et grotesque. La Commune est le lieu par lequel j’entrevois le monde chargé de mélodie, où je m’attarde à écouter la voix de cet homme, venu d’ailleurs, qui me raconte son exil ; son long périple presque imaginaire, à boire mon café sur une table d’écolier, tout en jetant un œil vers le coin du bar qui fait également office de cuisine, avec ses ustensiles accrochés au mur, et ce serveur à la voix rauque et métallique qui accueille chaleureusement les clients et les habitants du quartier. Le brouhaha autour du café d’Aligre me rappelle Port-au-Prince. Ce lieu, où je viens régulièrement pour rencontrer des amis, est devenu la porte par laquelle j’entre dans le monde et je m’y perds réellement. Sur le vieux piano, coincé contre le mur, un homme joue des notes de musique comme pour accompagner cette voix discrète et belle d’une femme qui fredonne une chanson de son pays lointain, et qui raconte le travail des hommes dans les champs. Sur mon carnet, je commence à écrire mes poèmes, à capter l’image de cet instant à la fois simple et sublime.

 


Interview de l’auteur

Que signifie écrire de la poésie et écrire des romans ?
Watson Charles : Je crois que la poésie ou le roman – comme je l’ai toujours dit – est l’une des formes artistiques et intellectuelles qui nous permet de saisir le réel et l’être humain dans sa dimension la plus totale. Je récuse toute hiérarchisation de genre comme cela a été établi historiquement depuis l’Antiquité. Le fait de faire appel à ces deux genres littéraires comme expression artistique me permet d’appréhender le monde dans sa totalité. Il faut dire que je suis rentré en littérature par la poésie mais j’accorde une très grande importance à la fiction. 

Peut-on, aujourd’hui, parler de l’engagement en littérature ?
WC : Si l’engagement en littérature est historiquement apparu à un moment donné comme étant une remise en cause de la souveraineté d’un pays et de sa culture dominante, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui il est toujours présent sous les plumes des écrivains qui dénoncent les inégalités de la société capitaliste. Je pense qu’écrire pour un écrivain est un acte politique. Le regard qu’il porte sur le réel permet de questionner et de changer le monde. Je crois qu’écrire est un catalyseur permettant aux gens une prise de conscience à la fois individuelle et collective.

 

BIO

Watson Charles a fait ses études de Lettres modernes à l’École Normale Supérieure (ENS) de Port-au-Prince (Haïti). Il est l’auteur du recueil de Seins noirs (éditions Aethalidès 2022), du roman Le ciel sans boussole (éditions Moires 2021), mention spéciale du Prix Senghor du premier roman francophone et francophile, et du recueil de nouvelles Le Goût des ombres (éditions Unicité, 2024) pour lequel il a reçu le Prix Christiane Baroche de la Société des Gens de Lettres ( SGDL).

Brahim Saci | L’impondérable, Paris

Photo : Alain Barbero | Texte : Brahim Saci

 

S’il est un lieu qui m’est cher, presque vital, c’est le café littéraire de l’Impondérable, à Paris. Tous les dimanches à 18h, il devient un carrefour d’âmes, de poésie, de musique, d’idées. C’est l’écrivain, poète, journaliste, Youcef Zirem, qui en est l’âme. Son énergie, son humanité, font de ce moment hebdomadaire une respiration essentielle, avec Mourad et Sofiane, les hôtes chaleureux de l’Impondérable, qui nous accueillent avec une gentillesse rare.

Là-bas, l’atmosphère est amicale, presque fraternelle. Les échanges sont toujours respectueux, profonds. On y parle de littérature, d’arts, de vie — et surtout, on y écrit.
C’est dans ce lieu que j’ai trouvé l’inspiration pour l’essentiel de mes vingt recueils de poésie. Souvent, tard dans la nuit, je reste assis à une table, une tasse de café refroidie à mes côtés, attendant que la muse vienne s’asseoir en face. Les cafés sont pour moi des refuges créatifs, des foyers de pensée libre.

Chaque recoin de l’Impondérable semble habité par des mots en attente.
On y entend des rires, des vers, des silences pleins de promesses.
C’est un lieu de mémoire vive, mais aussi d’avenir poétique.
On y croise des voix venues d’ailleurs, des langues mêlées, des histoires entremêlées.
C’est une résistance douce face à la brutalité du monde.
Un îlot de beauté dans le tumulte parisien.

À Paris, ville des poètes, les cafés ont vu naître tant d’œuvres. Verlaine, Aragon, Camus, Kateb Yacine… tous ont écrit dans ces lieux habités. L’Impondérable s’inscrit dans cette tradition vivante.
C’est plus qu’un café. C’est un espace de création, de liberté, où la parole circule, où les silences inspirent, où les regards échangent plus que des mots.
Ce café, je le porte en moi. Il est un prolongement de ma voix, de mes textes, de mon être.

 


Interview de l’auteur

La littérature peut-elle encore sauver le monde ?
Brahim Saci : Oui, elle peut encore jouer un rôle essentiel. Elle ne sauvera peut-être pas le monde dans un sens concret, mais elle sauve les esprits. Lire, c’est apprendre à penser, à douter, à ressentir. La littérature nous aide à mieux comprendre le monde et les autres. Elle éveille les consciences, forme des esprits critiques. Habituer les enfants à lire, c’est leur transmettre une liberté intérieure, une force silencieuse pour construire un avenir plus juste.

Le café a-t-il encore aujourd’hui une importance sociopolitique, et si oui, laquelle ?
BS : Oui, le café reste un lieu d’échange libre, un espace où les idées circulent sans contrainte. C’est un endroit où les masques tombent, où l’on débat, partage, écoute. Dans un monde de plus en plus numérique, les cafés sont encore des lieux physiques de lien social, de parole vivante. Ils gardent cette fonction de laboratoire d’idées, comme autrefois les salons littéraires.

Où te sens-tu chez toi ?
BS : Je me sens chez moi dans les lieux d’échange, là où l’on peut être soi-même. Cela peut être dans un café, dans un livre, ou dans une discussion vraie. Ce sont ces espaces de liberté qui me donnent le sentiment d’appartenance.

 

BIO

Brahim Saci est un poète, écrivain, journaliste, auteur-compositeur d’expression franco-kabyle. Né entre deux rives, il explore dans ses textes l’exil, l’amour, la mémoire et la liberté. Auteur de vingt recueils de poésie, il est une voix singulière et engagée, à la croisée des cultures. Très actif dans les milieux littéraires parisiens, il puise son inspiration dans les cafés, notamment au café littéraire de l’Impondérable, où il écrit souvent, tard dans la nuit.

Anne Morelli | Brasserie Verschueren, Bruxelles

Photo : Alain Barbero | Texte : Anne Morelli

 

J’ai donné rendez-vous pour cette rencontre avec Alain Barbero à la Brasserie Verschueren. Son gérant, Bertrand Sassoye, m’est sympathique et nous avons partagé un certain nombre d’idées.
Mais un jour nos chemins se sont séparés…
J’ai 100 fois dans ma vie, tonné contre les banques et leurs escroqueries en disant « Il faudrait leur foutre une bombe ». Malgré cette affirmation, je ne l’ai jamais fait mais Bertrand Sassoye bien ! Le groupe dont il faisait partie (les « Cellules communistes combattantes ») veillait à ne s’attaquer qu’ à des symboles peu défendables du capitalisme : entreprises produisant des armes, banques, locaux de l’OTAN ou de la gendarmerie, bureau de recrutement de l’armée. Ces attentats (une vingtaine) étaient programmés pour ne jamais atteindre des innocents.
Mais le premier mai 1985, une erreur de transmission entraîne la mort de 2 pompiers.
Le groupe est arrêté à la fin de cette même année et condamné en 1988 à la prison à perpétuité. Alors que la date de leur possible libération conditionnelle est atteinte, ils sont cependant maintenus en détention jusqu’en 2000 et 2003. Des assassins ayant tué femme et enfants sont libérés après 7 ou 8 ans de prison pour bonne conduite mais eux devaient faire la preuve qu’ils avaient renoncé à leurs idées. Peut-être par une déclaration publique affirmant que le capitalisme était désormais moral ?
J’ai suivi une voie très différente de la leur.
Par l’enseignement universitaire et la vulgarisation des luttes du passé, j’ai tenté de sensibiliser des générations entières (1200 étudiants suivaient chaque année mon cours de Critique historique à l’Université de Bruxelles) à l’esprit critique et à l’action. Ma façon à moi de « semer » chez les jeunes des graines contre le désespoir et le sentiment d’impuissance qui les habitent trop souvent.

 


Interview de l’auteure

Comment pouvons-nous encore nous asseoir confortablement dans un café face à la situation du monde ?
Anne Morelli : Alors que des milliers d’innocents sont chassés de leurs terres ancestrales, déportés, bombardés, affamés, assassinés, sous nos yeux, il peut certainement apparaître inconvenant de s’installer confortablement dans un café pour y savourer sa boisson préférée. Mais le café peut aussi être – loin de la surveillance de nos gsm – lieu de rencontre, de discussion, d’élaboration de projets. Lieu de résistance aux médias menteurs, aux politiciens complices.
La Révolution française n’a-t-elle pas mûri dans les cafés ?

La littérature peut-elle encore sauver le monde ? / Pourquoi écrire et lire encore ? 
AM : Des milliers de livres – ne serait-ce qu’en français – sont publiés à chaque rentrée littéraire. Et chaque année des centaines de milliers d’exemplaires de ces livres sont envoyés au pilon. Chaque auteur pensait avoir écrit une œuvre géniale et unique. Le « marché » de l’édition n’a gardé que les livres « rentables » que leur promotion emmène vers le succès. L’intelligence artificielle est, paraît -il, capable d’écrire des romans. Je n’en doute pas (les rayons des libraires sont pleins de niaiseries) mais pourra-t-elle concurrencer Guerre et Paix ?
Plus modestement, je me réjouis que certains de mes livres aient eu un impact politique : contre la bêtise nationaliste, par exemple, qui, dans chaque pays , tord l’histoire pour se présenter comme un peuple exceptionnel. Ou pour mettre en garde les lecteurs contre la propagande de guerre, en dévoilant ses mécanismes toujours semblables, toujours efficaces.

Peut-il y avoir un langage littéraire pour l’activisme ? Ou est-ce que les deux sont séparés ?
AM : Il n’est pas de langue particulière à l’activisme mais écrire et parler de manière compréhensible pour un large public est indispensable si on veut diffuser ses idées.
Cela ne veut pas dire qu’il faut simplifier à l’extrême sa pensée mais l’exprimer de manière à être entendu.
Un effort que tous les « intellectuels » n’assument pas…

 

BIO

Anne Morelli est historienne, professeure honoraire de l’Université de Bruxelles (ULB). Les ouvrages collectifs qu’elle a dirigés proposent une autre histoire que la version classique du nationalisme : histoire des rebelles, des subversifs, des étrangers, des  Belges émigrés et réfugiés de guerre… Son petit livre Principes élémentaires de propagande de guerre est devenu un classique, mis à jour fréquemment et traduit en 8 langues dont le japonais et l’espéranto.

Nika Pfeifer | Wiels’ CAFÉ, Bruxelles

Photo : Alain Barbero | Texte : Nika Pfeifer | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Un lieu qui fait semblant d’être ouvert, et qui l’est vraiment ! C’est le WIELS. Pas un musée, mais un champ d’expérimentation, un espace de possibilités, une ancienne brasserie qui refuse de n’être que passé. Les énormes cuves en cuivre brillent toujours. Pas pour se souvenir. Elles sont la partie émergée de quelque chose qui reste sans être là. Au WIELS, rien n’est simplement là, tout est comme une piste. On devient partie prenante de ce jeu. Chaque passage d’une salle à l’autre : une translation. Dernièrement avec Willem Oorebeek : époustouflant ! La manière dont il transforme les lettres et le texte en médias tridimensionnels et performatifs, des objets artistiques qui font vivre l’écriture  comme une image, la plasticité et l’espace, qui renvoient (nous renvoient) vers ce qui parvient à nos yeux lorsque nous consommons des images en masse. Ses séries BLACKOUT sont à la fois une barrière esthétique et une invitation : des champs d’encre noire à travers lesquels l’image brille comme une ombre, elle ne disparaît pas, elle exige la proximité : Rapproche-toi, change de point de vue, de lumière. Voir devient un geste, percevoir l’espace devient un mouvement. Lumière, surface, construction de la visibilité, tout devient sujet. Ceci n’est qu’un bref ressenti parmi de nombreuses visites. EN EFFET : avant tout, il y a le café, l’interface au rez-de-chaussée. Un café ? Oui. Du café ! Ou du thé. Parfois de la bière, ironiquement genoug. Dans cette architecture aux fenêtres follement hautes, la lumière se glisse dans chaque interstice, qu’il pleuve ou qu’il y ait de la brume dehors. La lumière révèle sans cesse de nouveaux angles dans la pièce. La soupe fume, les glaçons s’entrechoquent, l’espace crée une résonance, par des reflets de lumière, des traces sonores, des mouvements doux. Les tables invitent à écrire, les chaises à écouter. Les pensées sont guidées par l’architecture, s’abstraient, se fragmentent, se recomposent – et nous avec. Le WIELS fonctionne parce qu’il laisse de la place. Pour tout, même pour ce que l’on n’a pas cherché. Et quand on part, on emporte quelque chose avec soi : des images, des questions, des idées, des rencontres, de nouveaux amis. Le WIELS reste une scène sur laquelle tout cela a lieu. Sauf le lundi. C’est fermé.

 


Interview de l’auteure

Que peut la littérature ?
Nika Pfeifer : Hum, que peut la littérature… ? Je dirais : beaucoup de choses, si ce n’est TOUT. Tout ce qui est dans l’œil de l’observateur, de l’observatrice. Personne ne peut le savoir ou le prédire. En tout cas, elle peut faire briller ce qui se trouve derrière les yeux. Du grand art de la magie. 

Le café est-il plutôt un lieu de retraite, de rassemblement ou de réunion ?
NP : Un lieu, lieu, lieu, de retraite, de collection et de rassemblement, je dirais. Alain m’a demandé quel était mon café préféré à Bruxelles, et j’ai pensé à tant de lieux sensationnels, des cafés traditionnels, des bars, des pubs cools, des brasseries, des beisln comme on dit en bon viennois, que le choix a été difficile. J’ai choisi le café WIELS parce qu’il a été l’un de mes premiers lieux d’écriture à Bruxelles. Il combine tout ce qui met mes pensées en mouvement. Un espace de possibilités. Pas un musée statique, mais une expérience vivante où l’art est produit et vécu. Ce que j’aime, c’est que c’est un lieu qui transforme. Il ne se contente pas de montrer, il permet l’échange.

Où te sens-tu chez toi ?
NP : Deux idées :
chez soi : coordonnée entre 
nostalgie & d’absence
Et :
« bienvenue à la maison » 
C’est ce que je lis et je me demande 
où peut bien se trouver ce chez-soi.
PS : Sylvia Petter l’a si merveilleusement formulé dans un poème court :
I don’t belong,
I long to be.

 

BIO

Nika Pfeifer travaille comme auteure et artiste entre Vienne, Bruxelles et dans des projets internationaux. Elle a notamment reçu le prix Reinhard Priessnitz, a été « Max Kade Fellow » aux États-Unis et a été invitée à donner des cours dans des universités internationales. Elle travaille à l’intersection de la littérature, de l’art et du cinéma ; son œuvre comprend de la poésie, de la prose, des travaux radiophoniques et des courts métrages. En 2024, son recueil de poésie TIGER TOAST est paru aux éditions Ritter, accompagné de publications dans des revues et anthologies internationales. 

Bénédicte Vidaillet | Tok’ici, Lille

Photo : Alain Barbero | Texte : Bénédicte Vidaillet

 

Au Tok’ici

Dans ce monde de grands toqués au pouvoir, heureusement, y a le Tok.

Des toques, ici, on en trouve. Pas étoilées, mais qui nous mettent des étoiles plein les yeux. Bao, tahchin, soupe won ton et sauce tarator, cromesquis ou waterzooï. Dis-le : tu en as déjà plein la bouche.

Toque, entre. Pas de cheminée mais des sourires, des saluts, un petit verre, quelques mots et souvent plus.

Et si tu es un peu toqué, tu peux aussi trimballer tes tocs au Tok. Aligner ta chaise de bar sur les joints de carrelage du sol, franchir le seuil deux fois plutôt qu’une, te signer avant toute gorgée : ça te donne juste un style, on n’en fait pas tout un plat. 

Et tok !

 


Interview de l’auteure

Comment littérature et engagement trouvent écho en toi ?
Bénédicte Vidaillet : Je n’aime pas ce que devient ce monde. Alors plutôt que de pleurer ou d’enrager seule, je milite et je crée des assos, avec d’autres, pour défendre un parc dans la banlieue lilloise, puis une grande friche au centre de Lille, d’une urbanisation folle qui nous exproprie de nos histoires, de nos souvenirs, de nos liens sensibles avec nos lieux de vie. Et qui détruit chaque jour un peu plus le monde vivant, animal et végétal. Et j’écris : des manifestes, des coups de gueule, des essais. Ecrire et agir sont pour moi intimement liés.

Quelles sont tes aspirations ? 
BV : En militant, nous essayons de défendre et d’inventer autre chose que la ville et la vie auxquelles nous assigne le régime de ces experts qui urbanisent « pour notre bien ». Nous exprimons notre quête d’un monde qui corresponde davantage à nos aspirations, à nos désirs, à notre conscience. Un monde qui nous donne envie d’être en vie, que nous pouvons habiter avec nos corps, nos sens, nos sensibilités.

Pour quel monde ? 
BV : Au fond, nous voulons des choses simples et essentielles : un air respirable, une eau potable sur le long terme, des terres épargnées pour nous nourrir, de la beauté ; à portée de nos pas ou de nos roues de vélo, nous voulons sentir les rythmes de la nature, voir pousser un chou ou un arbre, nous émerveiller, rencontrer, discuter, apprendre, faire des expériences, être en mouvement. 

Nous sentir vivants

 

BIO

J’aime les mots. Pas étonnant que je sois devenue psychanalyste. Et que j’écrive aussi, des articles, des livres. Certains sont traduits, en italien ou en anglais. Le dernier s’appelle : Pourquoi nous voulons tuer Greta – Nos raisons inconscientes de détruire le monde (érès, 2023).

Jean Portante | Café La Liberté, Paris

Photo : Alain Barbero | Texte : Jean Portante

 

À Luxembourg, j’étais un assidu des cafés. Il y en avait un, le plus mythique, disparu entre-temps, qui était mon deuxième chez-moi, tous les soirs ou presque, jusqu’à l’aube, la bière y coulait à flots. C’était dans les années 1970. Il y avait le monde à refaire. L’avenir était au bout de nos rêves. L’utopie à portée de désir. Des amourettes d’une nuit y naissaient et mouraient. Ça s’appelait « Chez Malou ». Des étudiants, des artistes, des politiques, des avocats s’y mêlaient. J’y ai rencontré mon premier poète : Edmond Dune. L’auteur de « Je vous écris d’un café triste ». Je pense souvent à lui. Le poète triste. Peut-être est-ce lui qui a donné la première pichenette me poussant dans la poésie. Puis, je suis parti. À Paris. Je voulais être poète. Écrivain. J’ai écrit mes premiers livres. Les autres ensuite. Mais je n’ai plus eu besoin de cafés. D’ailleurs, les lieux légendaires étaient en déclin. Il y avait encore, dans les années 1980, le Saint-Claude, sur le boulevard Saint-Germain, où l’on pouvait croiser des poètes, mais très vite il a cédé le pas à un magasin de vêtements chics. Dans les autres, Les Deux Magots, le Flore, Lipp, La Closerie des Lilas, les touristes faisaient flamber les prix. Et moi j’étais un sans-le-sou. Comme tous mes amis poètes et artistes. On se retrouvait chez les uns et les autres, buvait du vin à quat’sous, au café je n’y allais que pour des rendez-vous. Le Sarah Bernhardt tout d’abord, à Châtelet, parce que tous les métros y mènent. La Liberté, enfin, à Edgard Quinet, plus près de chez moi. Là où Sartre allait à la fin de sa vie. Mais ni les garçons ni les clients ne le savent. Moi oui. Est-ce pour cela que je ne m’assieds pas toujours à la même table. Comme si j’étais à la recherche de la chaise que lui aurait choisie. 

 


Interview de l’auteur

La littérature peut-elle encore sauver le monde ?
Jean Portante : La littérature dit le monde. Elle crée un monde. Elle enrichit l’imaginaire du monde. Mais contre la dérive du monde elle n’a pas d’armes. Elle n’a pas d’armes contre les guerres, les famines, les dictatures, l’argent, la faillite éthique, le mensonge, la déshumanisation, la perte de sens de plus en plus généralisée… Un poème, un roman, une nouvelle, une pièce de théâtre ne sont que des moments intimes qui s’adressent à l’intime du lecteur, lui procurent un plaisir, le mettent parfois en garde, l’aident à comprendre, l’humanisent, lui ouvre des horizons, mais à sa condition sociale ils ne changent rien. Que vaut une bibliothèque contre une bombe qui à Gaza, en Ukraine ou ailleurs, tombe sur l’immeuble qui l’abrite. Si l’humanité veut se donner un avenir, elle a besoin de se créer une utopie sociale. Sur ce terrain-là, peut-être, la littérature pourrait planter ses graines, mais aura-t-elle le temps. Il y a urgence aujourd’hui. La maison déjà brûle. 

Quelle est l’importance des cafés pour toi ?
JP : Je sais qu’il y a des écrivains qui s’assoient dans un coin d’un café, pour prendre des notes, et même pour écrire, ou tout simplement pour permettre à leur esprit de divaguer, moi non. Ou, plutôt, plus. Ou plus à Paris. Quand je suis ailleurs, je me mets systématiquement à la recherche de cafés que d’autres écrivains avant moi ont fréquentés. J’y cherche à lire la ville, avant de l’arpenter. Et je prends des notes…

Où te sens-tu chez toi ?
JP : Pour écrire : chez moi, dans mon bureau, à Paris, entouré de mes livres… Sinon, dans le monde entier.

 

BIO

Jean Portante est né en 1950 à Differdange (Luxembourg), de parents italiens. Il vit à Paris. Son œuvre, riche d’une cinquantaine de livres – poésie, romans, essais, pièces de théâtre – est largement traduite. En France, il est membre de l’Académie Mallarmé. En 2003, il y a reçu, pour son livre L’étrange langue, le Prix Mallarmé. En 2011, il a été couronné au Luxembourg du Prix national. Depuis 2018 il écrit ses livres en deux langues, français et italien. Depuis plus de trente ans, il exerce une activité de traducteur littéraire.