Archive d’étiquettes pour : Kaffeehaus

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Petra Piuk, Café Europa, Wien, Vienne

Jana Volkmann & Raphaela Edelbauer | Café Kriemhild, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Jana Volkmann | Trad. : Sylvie Barbero-Vibet

 

À la lumière, je ne suis pas encore vidée de tous mes mots. Entre-temps, je me suis souvenue de vieux rêves qui avaient un éclairage très particulier : la pluie, la nuit, les phares des bus et la lumière qui tombe à travers les fenêtres des cafés. Et j’ai tiré les rideaux et pris une décision.
J’ai travaillé un temps dans un cinéma qui s’appelait Lux Lichtspiele. Tous les mardis, un homme venait au cinéma entre les séances, achetait un seau de pop-corn à 9 euros et disparaissait. Je me suis dit qu’il vivait peut-être séparé de sa famille et qu’il recevait chaque semaine la visite de son enfant, avec lequel il mangeait le pop-corn, mais n’allait jamais au cinéma. Les rituels sont dimensionnants. Je pense souvent à l’homme au pop-corn lorsque je passe devant un de ces cinémas vieillissants et démunis dont on ne sait même pas s’ils sont encore en activité.
Tu m’as donné il y a quelque temps le livre sur les lucioles de Georges Didi-Huberman, dans lequel il parle de l’œuvre de Pasolini et de son attitude envers la lumière. Le fascisme y est associé à des projecteurs « lointains et sauvages », éblouissants : des « yeux mécaniques ». Il leur oppose les lucioles. La lumière vivante,  organique, qui était déjà en train de disparaître du vivant de Pasolini. C’est une lumière ludique, dansante, vulnérable, faible.
J’ai consulté le site internet des Lux Lichtspiele, et je suis heureuse de pouvoir dire que le cinéma existe toujours. Vu la situation mondiale, il est devenu provisoirement un ciné-parc, situé à un carrefour d’autoroutes. On dit que la machine à pop-corn a également suivi dans le déménagement. Je me demande à quoi elle ressemble lorsqu’elle est seule sur le terrain après que les spectateurs sont rentrés chez eux. Elle a devant elle un grand écran et la nuit noire. Je me demande si la machine à pop-corn clignote quand elle fait un mauvais rêve, si elle scintille comme lors d’une interférence, mais on ne voit probablement rien depuis l’autoroute.

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Jana Volkmann : Pour moi, la littérature est une forme de philosophie avec des moyens artistiques, l’interface entre le langage, l’esthétique et l’idée. L’écriture et la lecture sont pour moi des outils de connaissance essentiels.

Que signifient les cafés pour toi ?
JV : Les cafés sont une grande découverte ; j’envie vraiment les cultures où ils ont un statut encore plus élevé et sont l’épicentre de toutes sortes d’événements culturels et politiques. J’aime particulièrement l’imprévu auquel on est exposé dans le café : ne pas savoir qui va passer la porte et quel journal va être laissé à la table voisine. Et les codes de comportement spécifiques et subtils qui permettent de contrer ces impondérables avec fiabilité.

Pourquoi as-tu choisi le Café Kriemhild ?
JV : Pour être tout à fait honnête : Je l’ai choisi en imaginant la mise en scène pour la photo, car je trouve que c’est avant tout un très joli café qui a de l’allure comme décor. 

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
JV : J’aime toujours travailler à mon prochain roman, principalement de chez moi. Sinon, j’ai commencé à nager cette année et j’ai hâte de continuer dès que les piscines rouvriront : J’ai de grandes ambitions, car je veux apprendre à faire des virages, et je n’ai pas encore vraiment réussi.

 

BIO

Née en 1983 à Kassel, Jana Volkmann vit comme auteure et journaliste à Vienne. Elle est rédactrice en chef de la revue Tagebuch et écrit des essais et des critiques littéraires notamment pour Freitagneues deutschland et Der Standard. Pour son roman Auwald, paru en 2020 aux éditions Verbrecher Verlag, elle a reçu le Förderpreis dans le cadre du festival de littérature de Brême 2021 et a été retenue dans la sélection mensuelle du jury de la radio ORF.

 

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Sabine Gruber, Café Engländer, Wien

Sabine Gruber | Café Engländer, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Sabine Gruber | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

                            

Un mois d’août plus heureux
Millstättersee

                                  pour KH à l’occasion du 5e anniversaire de sa mort

La vie est là, tant que nos mains
Parlent et que notre langue reste dans une autre
Bouche silencieuse. Elle est là, tant qu’aucun
Mot ne s’interpose, que nos questions
Ne nous mettent pas à nu. Elle est encore
Là, quand elle ne mène à rien, sinon à nous-même,
Quand nous restons vivre en l’autre
À bout de souffle, avec des yeux qui même fermés
Comprennent. Elle est là, quand tu ne
Viens plus jamais et ne sait plus rien, de la douce
Flamme, de ma vie d’errance dans le désert,
Du vol au-dessus du lac, avec les
Ailes intactes. L’eau nous porte, les perches
Recueillent tes images sur leur corps, et
Ce qui était avant, avant que quelque chose ne soit créé,
Le no man’s land écorché, la trainée dans le
Lac que nous dissipions derrière nous, je le ressens
Chaque jour. Je peux dans les
Profondeurs abyssales, dans chaque vague à nouveau t’entendre, te
Voir.

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Sabine Gruber : L’écriture est ma façon de respirer. La lecture me donne le sentiment de pouvoir prolonger et intensifier ma propre vie grâce aux textes littéraires des autres. C’est un anachronisme, bien sûr, car le temps passe quand on lit.

Quelle importance les cafés ont-ils pour toi ?
SB : Pour moi, les cafés sont avant tout des lieux pour lire et écrire, lorsque je tourne en rond à la maison.

Pourquoi as-tu choisi le Café Engländer ?
SB : Le Café Engländer est l’un de mes cafés habituels, il n’est pas loin de mon appartement, sa cuisine est excellente, ses serveurs sont aimables et il est généralement fréquenté par des clients intéressants.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
SB : Quand je ne suis pas au café, je rêve de cafés lointains, par exemple le Caffè Meletti à Ascoli Piceno, qui se trouve sur une place à arcades au centre de la ville et qui est, à mon avis, l’un des plus beaux cafés d’Europe.

 

BIO

Née en 1963 à Merano, Sabine Gruber vit Vienne. Elle écrit des poèmes, des récits, des romans et des essais. Derniers ouvrages publiés : Daldossi oder Das Leben des Augenblicks (C.H.Beck, 2016, dtv 2018) ; Am Abgrund und im Himmel zuhause poèmes chez Haymon, 2018. En février 2022 sera publié Am besten lebe ich ausgedacht. Journalgedichte en édition bibliophile, également chez Haymon. www.sabinegruber.at

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Sofie Steinfest, Strohauer's Cafe Alt Heidelberg, Café, Kaffeehaus, Heidelberg

Katherina Braschel | Café Anno, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Katherina Braschel | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

comment : enfoncer les ongles dans le vernis du bois, les retirer, les faire crisser, mais l’intérieur, il doit rester un intérieur, dans le cadre, si elle veut parler, non crier, non hurler, quand elle veut s’extraire de la peau, mais seulement de sa propre peau, ou bien : l’écharde, enfoncée sous la peau, les ongles, incrustés en soi, s’arrimer, semer des spores, sous-cutanées, qui se transformeront en arbre, peut-être en forêt, en bois de chauffage, ça flambe
elle : une colonne sertie, elle respire, la table, elle vacille, la bière, elle goutte, elle : une colonne incrustée tout autour, la chaise, elle vacille, le cendrier, il tombe, dans les têtes, dans les mots, provoque des déchirures, une écorchure sur ses paumes, le verre, la fraîcheur en elle, aucun résidu de fibre,
seulement des fractures nettes

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Katherina Braschel : Peut-être aussi : la recherche d’une réponse à cette question qui ne soit pas ringarde. Ou ringarde dans le bon sens du terme ? Dans tous les cas, une recherche, une (auto)exposition, un chez-soi (compliqué), un refuge, une caresse, une gifle. Et le pouvoir.

Quelle signification les cafés ont-ils pour toi ?
KB : J’apprécie les cafés surtout comme des endroits où l’on peut disparaître sans disparaître. Et j’en ai besoin pour pouvoir écrire.
Dans un vrai café, je n’ai pas besoin de me boucher les oreilles pour accéder à la langue, à l’écriture, car ce certain mélange de silence, de voix et de bruits de vaisselle le fait pour moi.
Bien sûr, il faut pouvoir se payer des cafés, et cela ne va pas de soi.

Pourquoi as-tu choisi le Café Anno ?
KB : Parce que je viens ici en général une fois par semaine, puisque je suis co-organisatrice de deux séries de lectures. Parce que la littérature trouve ici un espace facilement accessible et je pense que c’est extrêmement important. Le Café Anno est tout simplement un endroit où je peux être, et ce depuis longtemps, où je me sens à l’aise et où je sais qu’il y a des stylos et des feuilles derrière le bar, au cas où je n’aurais pas de carnet sur moi.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
KB : En ce moment, je pense aux cafés et ils me manquent beaucoup. Je ne peux presque pas écrire à la maison et je remarque à quel point cela me mine.
Autrement : travailler, lire, passer du temps avec des personnes adorables, s’emporter et regarder des vidéos en ligne de cargos.

 

BIO

Élevée à Salzbourg, Disneyland baroque, Katherina Braschel vit et travaille à Vienne depuis 2011, où elle a également étudié le théâtre, le cinéma et les médias. Elle écrit principalement de la prose. Elle a déjà reçu à ce titre divers prix et bourses, notamment le Rauriser Förderungspreis et le Wortmeldungen Förderpreis de la Fondation Crespo de Francfort, tous deux en 2019. Son premier roman “es fehlt viel” a été publié aux Editions Mosaik en 2020.
Elle croit en la solidarité féministe, la bonne bière et le pouvoir délicat de la langue.

Aiat Fayez | Das Möbel, Vienne [2/2]

Photo : Alain Barbero | Texte : Aiat Fayez

 

C’est sans doute parce qu’il sent son mode d’être préservé que l’écrivain aime tant le café Möbel : à chaque fois, le fait de voir tous ces ordinateurs sur autant de tables le rassure sur l’anonymat dont il peut jouir dans cette salle oblongue qui lui permet de regarder devant soi et de laisser sa vue se perdre dans le vide, comme le pêcheur lance son fil au bout duquel se trouve le hameçon : le poisson, c’est l’idée, l’imaginaire. Et souvent, l’auteur se plaît à penser qu’il doit avoir l’air d’un vieux thésard parmi tous ces étudiants. Les lumières, dans le café, laissent à désirer, il n’y a pas de table réservée pour les habitués, mais au fond, l’écrivain peut se passer de bien d’autres choses encore, en échange de l’invisibilité qu’il gagne. Si le café Jelinek est le café de son cœur, nul doute que le Möbel y a une place privilégiée.

Non, il ne pourrait rester chez lui : le silence le tuerait : le silence d’une bibliothèque ou d’un musée le déconcentre tout de suite. Il a besoin des autres, l’écrivain, celui-ci, du moins : il veut la présence des gens, mais en arrière-fond, afin de pouvoir rester concentré sur lui-même : c’est grâce aux autres qu’il peut se sentir seul. L’isolement n’est pas pour lui, mais la solitude est sa planche de salut.

À force de se rendre au Möbel, il finira par faire partie du mobilier, s’était dit une fois l’écrivain en riant en lui-même. Sur le visage de chaque serveuse, il découvre une toile ou un personnage de livre : il y a là le Self-Portrait de Parmigianino, qui, dès le début, fut une petite lumière dans son cœur, tout comme une autre, qui lui fait penser à la Nadja d’André Breton ; chez une autre encore, l’écrivain voit une alliance de la Mona Lisa et de la Ginevra de’ Benci de Leonard, quand il félicite secrètement la quatrième pour son style vestimentaire, et ainsi de suite des autres.

Invariablement, l’écrivain prend un Capuccino : si on lui bandait les yeux, il pourrait deviner laquelle des serveuses le sert rien qu’en en sirotant une gorgée : les grains de café sont identiques, la machine ne change pas, et pourtant, le Capuccino de l’une est plus fort que celui de l’autre ; celui d’une troisième est plus doux ; la tasse remplie par une autre est toujours un petit peu moins pleine que celle de ses collègues mais la mousse du lait qui s’y trouve est autrement onctueuse. Ainsi en va-t-il de l’écrivain : jamais, sa journée ne débute de la même manière, lui qui, prédisposé à la discipline de travail et aux petites manies, se trouve au même endroit, dans le même quartier, autour des mêmes visages : il est chez lui, sans être chez lui. Et au fond, c’est ce tremblement qui l’émeut : la petite mesure de l’exil.

 


BIO

Né en 1979, Aiat Fayez suit des études de philosophie à Paris. Il quitte la France en 2010, vit à Berlin, Oxford, puis Vienne, où il se consacre à l’écriture. Il a écrit à ce jour trois romans publiés aux éditions P.O.L et dix pièces de théâtre publiées aux éditions de L’Arche. Il a été finaliste du Grand Prix de littérature dramatique en 2016 et a reçu cette même année le Prix Scenic Youth. En 2018, le ministère de la Culture lui a décerné les insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Romans : 2009 : Cycle des manières de mourir, éditions P.O.L, 2012 : Terre vaine, éditions P.O.L, 2014 : Un autre, éditions P.O.L
Pièces de théâtre : 2011 : Les Corps étrangers, L’Arche Éditeur, 2015 : La Baraque, L’Arche Éditeur, 2016 : De plus belles terres / Angleterre, Angleterre, L’Arche Éditeur, 2018 : Place des Minorités / Le Monologue de l’exil, L’Arche Éditeur. Chez L’Arche Agence : 2013 : Perceptions 2013 : Naissance d’un pays 2015 : L’Éveil du printemps 2016 : La Valise 2019 : Un pays dans le ciel 

Aiat Fayez | Das Möbel, Vienne [1/2]

Photo : Alain Barbero | Texte : Aiat Fayez

 

L’écrivain les aime toutes, ces serveuses du café Möbel, bien qu’il ne soit pas certain que la réciproque soit fondée. C’est un sujet dans lequel il puise sa mélancolie, et bien souvent, il se demande s’il n’y a pas la possibilité d’un autre lieu, d’un ailleurs. Au fond de lui, pourtant, il sait qu’il n’en est rien : qu’il est là, dans ce café, seul, devant des phrases manuscrites ou imprimées, et qu’il le restera toujours, dans tous les cafés qu’il fréquentera, qu’ils soient à Vienne, à Paris, à Budapest, à Zürich, Oxford ou Bâle, parce qu’il n’a pas trouvé d’autre voie pour être qu’un chemin solitaire, brumeux, et à bien des égards, silencieux.

Si l’écrivain cherche au fond de lui, ce qu’il fait de la même manière que d’autres respirent, à tel point que, souvent, il se perd, en lui-même tout autant que dans les rues de cette Vienne dans laquelle il vit pourtant depuis tant d’années, s’il cherche au fond de lui, il réalise qu’il ne peut pas se faire aimer, car l’amour qu’il porte aux autres, il s’applique à le faire échouer dans son accomplissement : il met des bâtons dans ses roues pour qu’il devienne impossible : ainsi prend-il plaisir, un plaisir qui joue avec le désespoir, de se sentir délaissé, esseulé, sans refuge : exilé. C’est plus qu’une condition de travail, car à bien des égards être écrivain est plus qu’un travail : c’est un mode d’être dans lequel rester à l’écart, vagabonder en marge, approcher le vide, est un principe de vie : se vouloir marginalisé, c’est : ne pas accepter la réalité. Non pas la nier, mais s’obliger à la voir par le prisme de l’art ; faire en sorte de la rehausser par l’art. Et entre l’amour pour les gens (imaginés) et la peur de ces gens (réels), il n’y a qu’un fil, sur lequel chancelle l’écrivain. Un jour, peut-être, il tombera. Analogue à tous les écrivains qui sont tombés avant lui et à tous ceux qui tomberont après lui. Aussi solitaires qu’ils demeurent, aussi taciturnes qu’ils soient, aussi étrangers qu’ils restent l’un vis-à-vis de l’autre, ce qui lie malgré eux les écrivains, les vrais, c’est une communauté de destins à travers le temps et l’espace : des amitiés stellaires, créées à travers la lecture des livres.
à suivre

 


BIO

Né en 1979, Aiat Fayez suit des études de philosophie à Paris. Il quitte la France en 2010, vit à Berlin, Oxford, puis Vienne, où il se consacre à l’écriture. Il a écrit à ce jour trois romans publiés aux éditions P.O.L et dix pièces de théâtre publiées aux éditions de L’Arche. Il a été finaliste du Grand Prix de littérature dramatique en 2016 et a reçu cette même année le Prix Scenic Youth. En 2018, le ministère de la Culture lui a décerné les insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Romans : 2009 : Cycle des manières de mourir, éditions P.O.L, 2012 : Terre vaine, éditions P.O.L, 2014 : Un autre, éditions P.O.L
Pièces de théâtre : 2011 : Les Corps étrangers, L’Arche Éditeur, 2015 : La Baraque, L’Arche Éditeur, 2016 : De plus belles terres / Angleterre, Angleterre, L’Arche Éditeur, 2018 : Place des Minorités / Le Monologue de l’exil, L’Arche Éditeur. Chez L’Arche Agence : 2013 : Perceptions 2013 : Naissance d’un pays 2015 : L’Éveil du printemps 2016 : La Valise 2019 : Un pays dans le ciel 

Peter Bosch | Café Steinbock, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Peter Bosch | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

L’homme dans le miroir
ne sait pas encore
que c’est la dernière fois
qu’il est ainsi debout,
adossé
au temps
achevant
parachevant
tournant la page.
Mais sera-t-il
encore à moi ?

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Peter Bosch : Raconter des histoires qui se situent quelque part entre réalité et fiction. J’aime être sur le fil du rasoir où les deux se mélangent.

Que représentent les cafés pour toi ?
PB : Je ne suis pas un poète des cafés, j’écris le plus souvent chez moi. Dans les cafés, je fais souvent des blind dates.

Pourquoi as-tu choisi le café Steinbock ?
PB : Parce que j’ai eu des rendez-vous là-bas avec des femmes qui étaient capricornes (NdT : en allemand, le nom du café signifie notamment capricorne). Le café a cependant fermé il y a peu de temps. Je n’ai pas dû y aller assez souvent pour mes rendez-vous. Et maintenant cela va devenir plus difficile : je ne connais pas d’autres cafés à Vienne qui tirent leur nom d’un signe du zodiaque. Je vais sûrement finir célibataire.

Que fais-tu quand tu ne vas pas dans un café ?
PB : Des films, de la photo, procrastiner.

 

BIO

Né en 1957 à Vienne, c’est aussi là que Peter Bosch vit et travaille. Sédentaire. Enfant du miracle économique.
Travaille comme programmeur, auteur, photographe et réalisateur.
A publié divers romans et récits.
Expositions de photographies et producteur chez Okto.tv.

Harald Jöllinger | Café Votiv, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Harald Jöllinger | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Les cafés, je sais pas trop. En fait, je n’aime pas les cafés. Le café oui, ça j’aime bien. Sans lui, je ne mettrais pas un pied dehors. Mais un seul par jour. Et uniquement le matin. Pas plus. Sinon je n’arrive pas à dormir.
Je n’ai rien contre les maisons non plus. J’habite aussi dans une maison. En fait non, dans un appartement. Qui est dans une maison. Mais les cafés…
Les cafés, je les fréquente … depuis que j’ai commencé à écrire. Je ne sais pas pourquoi. L’écriture, c’est une activité assez fade. Mais peut-être est-ce à cause du mug offert par ma grand-mère. Dessus on pouvait lire : « Mon dieu, que serait la vie sans café ? » C’est ainsi que tout a commencé entre le café et moi. Comme entre la poésie et moi. Je voulais devenir poète et je me suis donc lancé dans l’écriture. Mais peut-être que je n’ai commencé à griffonner que plus tard. Comme m’a dit un jour mon oncle : « Dans ta tête, ça ne tourne pas rond , t’es qu’un gamin, un p’tit con ». Il n’est plus de ce monde, l’oncle. Mais c’est là que j’ai commencé à écrire des poèmes. Avec des rimes et tout ça. Puis des limericks. Puis des nouvelles.
Et que font ces imbéciles de revues littéraires à qui j’ai envoyé mes textes ? Au lieu de dire : « C’est nul, on ne prend pas ça », ils publient. Sans blague. Car depuis, je suis un auteur. Et chaque auteur a son café dans lequel il écrit. Plus personne n’écrit à la maison à son bureau. Non, on écrit dans les cafés. C’est comme ça. C’est un peu cliché et je n’aime pas les clichés. Mais il faut quand même s’y tenir.
Je suis donc souvent dans un café, sans but, et j’écris quelque chose. Mais cela ne me procure aucun plaisir. Ni celui d’écrire, ni celui d’être dans un café.

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Harald Jöllinger : Comme on dit chez nous. La littérature, … la littérature. Elle ne m’est pas indifférente.

Que représentent les cafés pour toi ?
HJ : Peu. Si cela ne tenait qu’à moi, on pourrait transformer tous les cafés en Heuriger ou bistrots. On pourrait éventuellement en laisser un ouvert, par nostalgie. Pour que les Japonais aient quelque chose à visiter. Et le Café Votiv doit rester. C’est le seul qui ne nous ait pas chassé avec nos sessions d’écriture.

Pourquoi as tu choisi le café Votiv ?
HJ : Et bien justement à cause de nos sessions d’écriture. Une fois par mois, on se réunit là-bas. Niveau très élevé. Beaucoup aimeraient en faire partie, mais nous ne prenons pas de nouveaux écrivaillons (ou écrivaillonnes) pour le moment.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
HJ : Je m’assieds sur un banc dans un parc et je regarde autour de moi. Ca ne se fait plus. Manger, boire, râler, bougonner, ça les Viennois savent faire. Mais juste rester assis et regarder en l’air… C’est en voie de disparition. Parce que tout le monde ne fait que regarder son portable. Même dans un café. Regarder plus en l’air, ce serait vraiment important.

 

BIO

Né en 1973 à Mödling, Harald Jöllinger vit à Maira Enzersdorf. Il aime l’absurde, la poésie empreinte d’humour noir et la prose courte. Il a suivi les cours de la Celler Schule en 2007 et a remporté le Prix Irseer Pegasus en 2013. En 2016 , il suit le cursus de la Leondinger Akademie für Literatur. Au printemps 2019 est paru aux éditions Kremayr & Scheriau « Marillen und Sauerkraut ».

Erika Kronabitter | Café Schopenhauer, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Erika Kronabitter dans « Melange der Poesie » Kremayr & Scheriau 2017 | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Tente d’échapper, étranger à moi-même
Le cœur est un désert
Ce matin-là, effervescent
Le long des cils, ton rire
Du bout des lèvres de l’aurore 

 

Ilse Kilic | Café Korb, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Ilse Kilic | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

le temps se serait presque arrêté.
dans le café à côté du kouglof.
(la montre persistait à faire tic-tac, presqu’une menace
au poignet de ma propre main)
j’esquissai un sourire.
non, le temps ne s’est pas arrêté,
seule la perception subjective
est tombée dans la faille temporelle.
un kouglof s’il vous plaît.
un mélange, un verre d’eau.
le temps s’écoule lentement,
je me reconnais jour après jour,
je m’adresse à moi-même : bonjour, ilse.

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Ilse Kilic : Contradiction, objection, réconfort…

Que t’évoque le “Café Viennois”  ?
IK : J’aime le café et les pâtisseries…

Qu’est-ce qui te plaît au Café Korb ?
IK : La propriétaire, Susanne Widl, que la plupart des lecteurs connaissent, est venue une fois dans notre musée du petit cochon porte-bonheur. C’était chouette…

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
IK : Dormir, nager, écrire…

Michael Giongo | Café Schopenhauer, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Michael Giongo | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Blanche-Neige a dressé les tables,
tapis verts entourés de solides cadres noirs,
le hall de départ s’adosse aux murs moelleusement rayés,
et au-dessus à l’infini se reflète la liberté.

Jette ton visage dans le futur,
dit l’homme derrière le miroir,
tandis que Beate Uhse prévoit 36 degrés,
et que le boxeur sympathique
retire son gant de cellophane.

Le soleil couchant brille de mille feux dans l’écume,
la pluie se retire des chaises comme de l’estran ;
le ciel dans les flaques d’eau
nous descendons le versant.