Blog Café Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Simone Scharbert, Café Dorfladen Koettingen, Erftstadt

David Blum | Backstein, Leipzig

Photo : Alain Barbero | Texte : David Blum, Extrait du roman jeunesse Kollektorgang, Éd. Beltz & Gelberg, 2023. Parution le 08.03.2023 !| Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Beaucoup d’histoires commencent avec une maison, qui se transmet de génération en génération, je sais. On ne trouve rien de tel chez moi. J’ai grandi dans l’un de ces quartiers qui ont été collés au cœur des villes. Hoffmann appelle cela un complexe immobilier, beaucoup le qualifieraient sans doute de lotissement ou tout simplement de dalle. Mais pour moi, il n’y a jamais eu que des barres. Ma vie, c’était ces barres. Ou plutôt : la cour qui en était entourée. Dix marches en pierre menaient aux entrées des immeubles, et lorsque nous parlions de quelqu’un, nous ajoutions toujours son numéro, Rajko du quatre descend tout à l’heure, Stefan du trois est en vacances, et ainsi de suite. Le soleil se levait tard dans la cour derrière ces barres et se couchait tôt. Il n’y avait rien d’autre que des cordes à linge, une balançoire et le bac à sable le plus ennuyeux que l’on puisse imaginer. Et pourtant, nous étions toujours là, toujours et seulement là.

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
David Blum : La connaissance. Le divertissement. De la confusion. Peu importe l’ordre, dans le meilleur des cas, tout en même temps.

Quelle importance ont les cafés pour toi ?
DB : En tant qu’auteur de guides de voyage, j’ai beaucoup réfléchi à l’importance sociale des cafés. En fait, ils sont les bénéficiaires de l’inhospitalité notoire des grandes villes. C’est d’ailleurs souvent la seule possibilité de s’asseoir quelque part dans un centre-ville.

Pourquoi as-tu choisi le Backstein ?
DB : Parce que ce n’est pas un café, mais une sorte de boulangerie en plein air. On peut y aller avec les enfants sans que cela n’ait d’importance qu’ils soient présents.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
DB : Travailler. Lire. Ecrire. Passer du temps avec les enfants. Idéalement, pas tout en même temps.

 

BIO

Né en 1983 à Potsdam, David Blum fait des études en germanistique, de sciences des médias et un master au Deutsches Literaturinstitut Leipzig. Outre des textes littéraires, il écrit également des guides de voyage (Reise Know-How, E. A. Seemann) et des textes fonctionnels (Zweitausendeins). Co-éditeur de www.other-writers.de, un blog sur le statut d’auteur et la parentalité. En 2023 paraît le roman jeunesse Kollektorgang, qui a reçu le prix Peter Härtling.

 

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Simone Scharbert | Café Dorfladen Koettingen, Erftstadt

Photo : Alain Barbero | Texte : Simone Scharbert | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Quoi qu’il en soit, « toutes les images disparaîtront », écrit Annie Ernaux dans Les années, et je commence presque tous mes textes par un « quoi qu’il en soit », comme pour me persuader qu’il y a toujours quelque chose qui « est », toujours inclus dans « l’être », pas encore disparu, que tout continue toujours d’une certaine manière, et pourtant il est rare que je commence un texte par  un « quoi qu’il en soit », que je m’adresse à moi-même ou à une image ou à l’idée d’une image, d’un portrait, une photographie, comme maintenant, quand je vois l’image en noir et blanc de moi-même, la bouteille vide au premier plan, « exister, c’est boire sans soif », dit aussi le texte d’Annie Ernaux, dans lequel on trouve aussi la question de savoir comment nous savons dès notre plus jeune âge que c’est nous sur la photo, et en lien avec les essais de Susan Sontag sur la photographie, peut-être en correspondance, l’objectivation de l’homme par la caméra, ou bien : « qui peut prétendre connaître son propre moi ? », comme je l’écrirai ultérieurement, et je regarde donc vers moi-même, en cet « instant », je regarde la photo, je vois aussi et ne vois pas Alain prendre des photos, je vois combien de personnes sont en fait dans la pièce et ne sont pourtant pas visibles, je vois le silence sur la photo, pour cet instant précis, « d’où parles-tu ? », et à quel point les présences peuvent être différentes, une autre de mes réflexions, comme elle peut donc être, comme nous sommes, « quoi qu’il en soit ».

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Simone Scharbert : La littérature est toujours un point d’ancrage, un lieu de retraite. Et souvent aussi un merveilleux point pour commencer quelque chose de nouveau, une conversation, une unique ligne de vers, un silence. Seul. Ensemble. Ou pour reprendre les mots de Wislawa Szymborska : « La poésie est quelque chose dont on a besoin pour vivre, sans savoir exactement pourquoi ».

Quelle signification les cafés ont-ils pour toi ?
SS : Comme la littérature, les cafés (et les bars) ont toujours été des ancrages, des lieux de retraite dans ma vie. J’ai passé des heures, des semaines, des mois, bref des années derrière de nombreux comptoirs parmi encore plus de gens, à servir des petits déjeuners, du café ou un petit verre de vin, à discuter, parfois simplement à écouter, à lire en tant qu’invitée et toujours à écrire. J’ai surtout écrit. Et : ce dernier point est toujours d’actualité.

Pourquoi as-tu choisi le Café Dorfladen Koettingen ?
SS : Cet endroit est l’un de mes préférés. Un rayon de soleil bénévole. Le retour derrière le comptoir, la possibilité de débuter quelque chose avec d’autres personnes. Un lieu pour la poésie aussi. Juste comme ça. Des lectures sans grand tapage, mais attentionnées, avec un petit buffet et la possibilité d’échanger ensemble. Comme cela peut être, quoi qu’il en soit.

 

BIO

Simone Scharbert est née en 1974 à Aichach. Elle a étudié les sciences politiques, la philosophie & la littérature à Munich, Augsbourg et Vienne, puis a obtenu un doctorat en sciences politiques. Elle vit et travaille comme auteure indépendante et enseigne à Erftstadt. Depuis 2017, elle est chargée de cours à l’Institut de langue allemande de l’Université de Cologne ; depuis mai 2022, elle est responsable de l’éducation culturelle à l’Université populaire de Erftstadt. En 2017, elle a publié son recueil de poésie Erzähl mir vom Atmen Ed. Raniser Debüt, en 2019 du, alice. eine anrufung Ed. AZUR et en 2022 Rosa in Grau. Eine Heimsuchung Ed. AZUR/Voland & Quist.

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Marcus Klugmann | Café Das Kapital, Leipzig

Photo : Alain Barbero | Texte : Marcus Klugmann | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Comme les parents de ma petite amie de l’époque préféraient les cafés au mobilier et à la musique uniformes, je me suis senti un peu comme un hôte (qui fait payer ses clients à la fin). Même si je n’étais pas du genre à faire la conversation, j’ai tout de même essayé de briser la glace. J’ai donc raconté que ces derniers temps, je m’asseyais tous les jours à cette table du fond, que j’y écrivais et lisais, je décrivais à quel point c’était joli à la lueur de la bougie, quand elle vacille un peu sur la page devant soi, dans quelle bulle confortable on se trouve protégé par le hâlo de lumière, à l’abri de tous les maux passés, présents et futurs du monde et des autres convives, tout en étant nourri par le placenta cotonneux et prometteur de leurs murmures …
Je me suis peut-être un peu emporté, excusez-moi, ce n’était certainement pas la formulation exacte. Mais j’ai conclu mon petit exposé de la manière suivante : parfois, je m’imagine être Peter Altenberg à Vienne, il y a cent ans. C’était un écrivain qui vivait quasiment au café. Aujourd’hui encore, il y est assis sous forme de statue à sa place habituelle. Peut-être qu’ils mettront aussi un jour une statue de moi ici, penché sur mes manuscrits, à la table du coin. Héhé.
On ne devrait pas essayer de briser la glace sur laquelle on doit encore évoluer toute une soirée. De toute façon, j’ai toujours eu l’impression que les parents de mon amie de l’époque souhaitaient un homme plus pragmatique que moi pour leur fille. C’est d’autant plus incompréhensible que j’ai cru avec la phrase suivante, regagner le rivage plus modeste et donc prétendument plus sûr : Eh bien, il n’a pas gagné grand chose avec son art, il devait sans arrêt se faire payer son Einspänner (c’est un espresso avec de la crème fouettée – très populaire dans les cafés viennois). (En fait, j’ai appris, en retravaillant ce texte, qu’il n’y avait pas de statue à la table d’Altenberg. Seulement une poupée de cire, juste à l’entrée, tout sauf flatteuse).

 


Interview de l’auteur

Que signifie la littérature pour toi ?
Marcus Klugmann : Heureusement et malheureusement, à peu près tout. Pas une seconde dans la journée où je ne pense pas à elle.
Heureusement, parce que pendant longtemps, je n’ai pas su ce que je voulais faire de ma vie, parce que j’ai toujours regretté de ne pas être passionné par quelque chose et que j’ai toujours admiré ceux qui ont une passion.
Et puis malheureusement, parce que je ne veux et ne peux plus rien faire d’autre, je ne sers à rien/ne suis pas utile à grand chose, je le dis sans coquetterie, et c’est assez handicapant au quotidien (je corrige : très, pas assez). Je veux dire : je pourrais, maintenant que nous avons un jardin, m’intéresser à la culture et à l’entretien des plantes ou au moins vouloir réparer la petite maisonnette qui se trouve là, dans le jardin ouvrier. Mais j’ai du mal.
Exception faite de mes enfants et de ma femme, qui sont toujours présents en moi et autour de moi, et qui doivent le rester pour toujours, qu’il en soit ainsi.

Quelle importance ont les cafés pour toi ?
MK: Avant, beaucoup, maintenant peu ou aucune. Avant, je pouvais y rester longtemps seul, être en même temps parmi les gens, mais sans risque d’être abordé. Au fond, dès le début, je trouvais cela un peu gênant d’écrire dans un café, environ cent ans en retard pour la fête, ridicule. Regardez, un homme de lettres ! Mais c’est justement ce qui m’a forcé à vraiment écrire. Si je n’écrivais pas aujourd’hui, je serais irrémédiablement gêné. À la maison, j’étais trop distrait par Internet et le calme, la fatigue, le lit qui m’attire. Depuis le Covid, c’est-à-dire la fermeture des cafés, puis des heures d’ouverture réduites, je me suis habitué à m’asseoir à la table de la salle à manger, enfin, presque, presque (Internet est toujours trop important : PROCRASTINATION !). Et puis, pour des raisons financières.

Pourquoi as-tu choisi le Café Das Kapital ?
MK : La musique n’y est pas agaçante, les serveurs ne me sont pas antipathiques, je n’ai pas besoin de commander sans cesse quelque chose… et puis je voulais montrer le café où j’étais régulièrement, où j’ai aussi écrit la majeure partie de mon roman qui, je l’espère, sera bientôt publié. Il est aussi photogénique, le café Kapital.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
MK : Écrire, relire, amener les enfants à la crèche et les chercher, manger, boire, changer les couches, lire, regarder Youtube, faire des lectures, caresser le chat – ce genre de choses.

 

BIO

Né en 1981 à Halle, Markus Klugmann a fait des études de langue et de littérature allemandes à Halle, puis à l’Institut de littérature allemand (DLL) de Leipzig. Il s’est marié et a deux enfants, toujours indépendant en tant que lecteur et écrivain. Son premier livre va bientôt être publié.

 

 

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Ulrike Schrimpf | Café Hawelka, Vienne

Photo : Alain Barbero | Texte : Ulrike Schrimpf | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet & Norma Passau

 

 

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Ulrike Schrimpf : Écrire de la littérature : vivre. Lire de la littérature : un plaisir.

Que signifient les cafés pour toi ?
US : Quand j’étais étudiante, j’ai aussi été serveuse dans des cafés pendant des années. C’était la nuit que je préférais. Les histoires que j’y ai vécues, les gens que j’y ai rencontrés – je m’en nourris, mon écriture s’en nourrit. Le poème publié fait en partie référence à une telle expérience.

Pourquoi as-tu choisi le Café Hawelka ?
US : Il n’a rien de sophistiqué, le café et les brioches (buchty) sont excellents, et j’aime les murs recouverts d’affiches, l’ambiance légèrement dépravée.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
US : Me débrouiller.
Voir les enfants grandir.
Aimer. Désirer. Me mettre en colère. Rire. Être triste. Rencontrer des gens.
Ce que l’on fait.
Linger on.

 

BIO

Berlinoise perdue à Paris vivant à Vienne actrice ratée doctorante etc. des essais concernant le tango le chant la cuisine le sport études diverses des hommes trois fils amante livres techniques enfants poèmes quelques bourses et prix de nombreux fantômes –
dernière publication : “Lauter Ghosts. Short Story”, aux Editions Literatur Quickie (2022). Le premier roman pour adultes d’Ulrike Schrimpf paraîtra au printemps 2023.

 

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Ulrike Schrimpf, Café Hawelka, Wien, Vienne

Beloslava Dimitrova | FOX book café, Sofia

Photo : Alain Barbero | Texte : Beloslava Dimitrova | Traduction (du bulgare) : Sylvie Barbero-Vibet & Boryana Bilbileva

 

 

Original (bulgare)

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Beloslava Dimitrova : La littérature est et a toujours été la maison dont je rêvais. C’est la pièce dans laquelle j’entre en toute connaissance de cause et même si je dois la quitter à un moment donné, je reste reconnaissante, satisfaite et détendue.

Quelle signification les cafés ont-ils pour toi ?
BD : Ce que j’aime dans les cafés, c’est que nous sommes tous anonymes, et en même temps, il y a cette proximité et le sentiment que l’on n’est pas tout à fait seul.

Pourquoi as-tu choisi le FOX book café ?
BD : J’y vais avec ma fille pour acheter des livres pour enfants, observer les autres et être inspirée. L’endroit est confortable, petit et caché au cœur de la ville. Il me fait penser à une petite grotte remplie de livres.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
BD: Aujourd’hui, mon monde a été bouleversé par l’arrivée de ma fille Mika. Je réapprends ce que c’est qu’être un enfant, et que les enfants sont un cadeau inestimable. Merci beaucoup, Mika !

 

BIO

Beloslava Dimitrova est poète et journaliste. Née en 1986, elle a publié trois livres et reçu trois prix bulgares de poésie. Elle est traduite en anglais, allemand, espagnol, italien, croate, macédonien et hindi. Beloslava Dimitrova vit et travaille à Sofia.

 

 

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Teresa Juan López, Códigos del Arte, Dénia

Patrizia Murari | Les Formigues, Dénia

Photo : Alain Barbero  | Texte : Patrizia Murari | Traduction (de l’espagnol) : Sabine Keromnes

 

TEMPS D’ÉTÉ

Ce n’est ni midi, ni minuit, c’est une heure quelconque plus un quart.
Un coup au clocher, deux miaulements de chats de gouttière et puis, le silence.
Ce n’est pas une heure épique pour entreprendre une aventure, dans le silence écrasant où le passage d’une guêpe ou le bourdonnement d’une mouche résonnent comme le bruit métallique accompagnant un défilé. 
Un défilé de rêves ou d’imaginaires matérialisés, ombres et lumières qui dilatent et contractent l’espace.
Une époque de marionnettes sans marionnettiste, de théâtre sans acteurs, de danse sans musique, de reflets sans miroir.
C’est le temps de l’été, temps d’eau et de feu.
Je réfléchis sans penser. 

 

Original (espagnol)

 

TIEMPOS DE VERANO

No es mediodía y no es medianoche, es una hora cualquiera más un cuarto.
Un latido de campana, dos maullidos de gatos callejeros y después el silencio.
No es una hora épica para emprender aventuras, abruma el silencio donde el pasaje de una avispa o el rodar de una mosca resuenan como metales acompañando un desfile.
Desfile de sueños e imaginarios echos materia, luces y sombras que dilatan y contraen el espacio.
Tiempo de títeres sin titerero, de teatro sin actores, de baile sin música, de reflejos sin espejo.
Son tiempos de verano, tiempos de agua y fuego.
Reflexiono sin pensar.

 

 


Interview de l’auteure

Qu’est-ce que la littérature pour toi ?  
Patrizia Murari : Cela signifie littéralement vivre le passé, le présent et l’avenir.

Quel sens ont pour toi les bars ?
PM : Rencontre, fausse rencontre, gourmandise, vitrine, pause, exposition, refuge… des toilettes pour hommes et femmes.

Pourquoi as-tu choisi le bar Les Formigues ?
PM :
Bar de quartier sans aucune prétention esthétique. Endroit où abondent matériel théâtral et personnages actuels … prix accessibles.

Que fais-tu quand tu n’es pas dans les bars ?
PM :
Tout le reste : je mange, dors, téléphone, écris, restaure, nettoie, pense, lis, regarde, j’enquête et je dors de nouveau.

 

BIO

Italienne née à Padova, Patricia Murari a étudié la scénographie à l’académie de Venise. Depuis 1998, elle vit en Espagne. Elle a exercé mille métiers, de commerçante à productrice dans l’audiovisuel, de décoratrice d’intérieur à plongeuse, d’épouse et belle-mère à soignante de personnes âgées, de cuisinière à comédienne. Maintenant, à l’âge de 66 ans, elle cultive la créativité et l’artisanat …. Et améliore sa santé physique et mentale… Sur conseil de son médecin !

 

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Ángel Rebollar, Hotel Chamarel, Dénia

Teresa Juan López | Códigos del Arte, Dénia

Photo : Alain Barbero  | Texte : Teresa Juan López | Traduction (de l’espagnol) : Sabine Keromnes

 

 

CELUI QUI TROUVE

Je suis le voyage et je suis la destination. La demeure protectrice. Je suis la mer qui rafraîchit ; le roc, le temps, là où le temps n’existe pas.
Je suis le plaisir dans l’étreinte, la distance et aussi le silence qui émane d’un arbre. Le regard qui observe et le retour au foyer où habite la simplicité.
Je suis le sable sur lequel tu marches, tes souliers quand la vie t’enlace doucement. Le courage, la patience. Je suis le miracle des choses vivantes.
Je suis l’espace, je suis le rythme que donne la musique. Aujourd’hui le suis le regard limpide et le verbe transparent marchant sur l’herbe d’automne.
Je suis ta paix et ta justice. Je suis le temple et la prière ; la confiance quand tu avances sur le sentier de l’éveil et des passions. Je suis l’enthousiasme et le bonheur. Maintenant l’arrivée, quand le trajet paraissait long, rempli de détours et d’ombres. 
Je suis la lumière. Et j’éclaire nu-pieds cette terre bénite.
Je suis libre, dispersant les graines des étoiles sur le feu de souvenirs anciens. 
Je suis qui je suis.
Marée ouverte aux louanges. Vertu où se cache le vent. 
Je suis qui je suis. 
Et je suis le chant qui marche sur la pointe des pieds entre les joncs de la rivière.
Parce que je suis. 
Parce que je suis.
Parce que je suis qui je suis.

 

Original (Spanisch)

 

 


Interview de l’auteure

Qu’est-ce que la la littérature pour toi ?
Teresa Juan López : C’est la traduction de mon âme, son expression et sa beauté. C’est la suprême manifestation de grandeur matérialisée sur la Terre.

Que signifie le café pour toi?
TJL : C’est un espace de transit. Un café réunit des fragments de vies qui peuvent être récupérés si on les écoute. Parfois c’est un lieu d’inspiration car là se produisent des histoires dans un espace réduit, et en même temps. D’autres fois, c’est l’endroit où commencent ou bien se terminent les choses. 

Pourquoi as-tu choisi le Códigos del Arte ?
TJL : Códigos del Arte a accueilli ma poésie, mon mouvement, ma musique et mon chant quand je suis arrivée à Dénia. Dans cet endroit, j’ai organisé des concerts et des soirées poétiques. Il me semble être un café très accueillant pour partager.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ? 
TJL : Je danse, j’expérimente avec la couleur et la voix, je filme des images et je crée des histoires à partir de ma poésie. Mon monde est un immense éventail de lieux, de voyages et de passions.

 

BIO

Née à Madrid en 1979. C’est une artiste multidisciplinaire. Poète, narratrice, voyageuse, amoureuse de la danse, la peinture, la musique, la photographie et de toute expression à travers l’art et la beauté. Elle réside actuellement à Dénia.
Auteure du recueil de poèmes bilingues “Poemas de las cinco” (Editorial Algorfa, 2020) et “Cantos del Alma” (Editorial Algorfa, 2022) elle est également créatrice du groupe poétique musical Celêstial Echoes, qui a déjà un disque à son actif. Ses livres dépassent le format physique et elle les met en scène. En eux, la poésie, la musique, la danse, la vidéo et poésie s’unissent créant une proposition chaque fois unique. Sa vision holistique des arts confère à ses créations un halo d’inspiration et de haute sensibilité pour ceux qui les reçoivent.  
Web: https://mareas2.webnode.es/
Instagram: @teresajuanlopez

 

 

 

 

 

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Ángel Rebollar | Hotel Chamarel, Dénia

Photo : Alain Barbero  | Texte : Ángel Rebollar | Traduction (de l’espagnol) : Sabine Keromnes

 

COMME UN FUNAMBULE AVEUGLE

La Liberté est plus difficile à vivre que la soumission

Comme un funambule aveugle,
sur un fil de fer tendu
pendant une triste nuit obscure,
cherchant l’essence de l’instinct
que la vue engourdit.
Ainsi, se redresse la liberté,
sans le carcan de la raison
qui la réduit en esclave,
comme le fait la pensée pure,
s’échappant des filtres qui la castrent.

Nous sommes libres, sans le vouloir,
d’une manière inconsciente,
par la force persistante
qui nous oblige et nous enrichit,
nous le sommes par le simple fait de vivre, de naître.

Ensuite, nous commençons à cheminer
à travers les règles et les principes
de la société timorée,
avec la corde au cou qui, petit à petit étouffe
l’instinct qui, éteint, nous domine
et ainsi, nous abandonnons notre état d’être,
pour nous convertir 
en automates éduqués.

Alors, progressivement, nous allons cultivant, 
comme disent ceux qui classent les vies,
ceux qui mettent les règles du monde,
les seigneurs qui te volent les jours
et te prennent ton argent,
sans que tu t’en rendes compte, 
pour la montagne russe des vertiges 
impénitents d’hormonales structures, 
où l’intelligence sensorielle  
nous amène à ne pas déboucher 
les émotions, de manière appropriée contenues.

Pour rompre les peurs inculquées,
nous devons couper les liens de l’aberration,
le confort du chemin connu, 
refaire en sens inverse les routes qu’on nous avait marquées,
désobéissant la direction programmée
et de nouveau cheminer, sur le fil de fer obscur
comme un funambule, avec les yeux bandés
pour, de nouveau, nous retrouver
avec le vide de la sensuelle sexualité réveillée, 
de ces nuits où nous tombons
sur ces, tellement désirés,
déserts de liberté.

 

Original (espagnol)

 

 


Interview de l’auteur

Qu’est-ce pour toi la poésie ?
Ángel Rebollar : La poésie est une nécessité urgente, c’est un endroit d’accueil dans lequel je me réfugie, dans lequel je partage mes amours et désamours, mes inquiétudes et mes moments de paix, un endroit où vaincre les injustices et trouver la paix, où vomir la bile et embrasser la consolation, où je meurs et je ressuscite, l’habitat dans lequel je trouve les réponses à mes questions. En définitive, où mettre de la lumière sur mes ténèbres. 

Que représente le café pour toi ?
ÁR : C’est un foyer pour socialiser, une agora familiale où se retrouvent les gens pour échanger énergie, loisirs, idées, rires, conspirations et préoccupations. Dans cet espace, hommes et femmes se connaissent, ouvrant la porte à la fraternité et même à l’amour, parfois se manifeste le désaccord, un espace vital. C’est également une rencontre intime avec toutes les disciplines de l’art, le temple du Sabbat.

Pourquoi as-tu choisi l’Hotel Chamarel ?
ÁR : Je ne suis pas un habitué des cafés, mais cet endroit est accueillant avec une décoration romantique, un havre d’harmonie qui favorise la syntonie des émotions. Dans cet espace j’ai participé, durant plusieurs années, à des réunions de poètes, certaines pleines de magie. Dans ces meubles fonctionnels qui servent aussi à décorer, les pores du bois sont également imprégnés de mes sensations poétiques, comme de celles des autres poètes. De même le patio fleuri, décor d’été, sous le clair de lune et les étoiles, a recueilli nos proclamations rimées.

Que fais-tu quand tu n’es pas au café ?
ÁR : Vivre la Vie, cela peut paraître simple, mais ce n’est pas ainsi. J’ai 67 ans et cela me permet d’avoir une vision du présent plus vital. Je fais de l’exercice, je lis, j’écoute tout type de musique, je réfléchis sur la société que laissera ma génération à ceux qui viennent et j’écris sans prétentions, seulement pour le plaisir. 

 

BIO

Je suis enfant du quartier des fourmis, une communauté de bidonvilles, dans les années d’après-guerre.  J’ai grandi conscient de ma place sociale. J’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans et cela réveilla ma conscience et depuis la clandestinité, à m’affronter à la cruelle dictature. Je suis père, ce qui a ouvert ma vision de la vie, explorant les sentiments et l’amour, au-delà du physique. 

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Isabella Feimer, Café Cinema, Berlin

Linn Penelope Micklitz | Café Kater, Leipzig

Photo : Alain Barbero | Texte : Linn Penelope Micklitz, Extrait du livre Abraum, schilfern | Trad. : Sylvie Barbero-Vibet

 

1740 : Sidonia von Hedwig Zäunemann vient de se réveiller et a déjà le sentiment de se trouver hors de son corps, comme si ce dernier n’avait plus rien à voir avec elle. Une fatigue, s’apparentant au deuil, s’accumule derrière son visage, de sorte que sa peau se bombe, se soulève et s’éloigne d’elle. Elle n’arrive à rien, seul l’acte d’écrire lui semble réconfortant. Elle erre le long de la table et saisit le papier à lettres.
Il est vrai que le simple fait de dire ou d’écrire ce sentiment de “ne pas pouvoir ressentir” le rend supportable. Il glisse pour ainsi dire des épaules vers le ventre, ce qui n’est certes pas plus agréable, bien au contraire, mais permet de moins s’affaisser et de limiter au visage le décollement de la peau.
Sidonia taille son crayon. À la vue des copeaux, elle manque de perdre brièvement son sang-froid. Que faire de ces restes ? Il lui semble que ces questions et bien d’autres, qui sont souvent venues la posséder ces derniers mois, ne viennent pas d’elle. Peu importe la manière dont elle considère les choses, elle ne trouve rien, rien qui l’émeuve, rien qui la touche. À l’exception des copeaux du crayon, qui la travaillent, sans qu’elle en comprenne la raison.

 


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Linn Penelope Micklitz : Le travail, la simplicité, la vivacité.

Quelle signification les cafés ont-ils pour toi ?
LPM : Passer du temps seule avec des gens, manger sans devoir débarrasser après.

Pourquoi as-tu choisi le Café Kater ?
LPM : J’y ai toujours aimé la décoration, la nourriture et le café. Il y a un an, j’ai emménagé tout près et j’essaie maintenant d’y passer à l’occasion du temps.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
LPM : Je fais mon propre café

 

BIO

Née en 1992 dans la forêt de Thuringe, Linn Penelope Micklitz a étudié la philosophie et l’écriture littéraire à l’Institut littéraire allemand. Elle travaille comme critique littéraire et auteure à Leipzig.

Blog Entropy, Barbara Rieger, Alain Barbero, Katharina Bendixen, Museumscafé Goetz, Leipzig

Isabella Feimer | Café Cinema, Berlin

Photo : Alain Barbero | Texte : Isabella Feimer | Traduction : Sylvie Barbero-Vibet

 

Ciel, ici / ici, Delphine a pensée à Thomas

 

              Sombre, sombre est le ciel, tandis que le regard cherche la lumière, dehors, comme il avait trouvé, quelques minutes auparavant, les fleurs du printemps, les cupules de mars, les roses d’hiver, les crocus / passage furtif entrecoupe la lumière
Les affiches appartiennent pour moi à un temps révolu, couleur sépia, rouille, onduleux, les histoires, que j’aimerais voir dans ma réalité, la douleur évoquée que j’aimerais retrouver dans mon cœur, où il fait de plus en plus froid / le cœur a subi trop de fissures, mon cœur écrit en ces jours le mot nostalgie en lettres capitales
              Ces jours, gris foncé comme la poussière recouvrant les projecteurs au plafond, ils ne donnent presque plus de lumière, décrochés, comme la façade de la rue d’en face, telle qu’elle était avant, lors de la chute du mur / j’ai lu, seuls les tramways donnaient de la lumière, incarnaient un peu du soleil
Décroché le voile du temps, le temps est devenu autre, pas pour un monde meilleur, il s’effondre face au moment présent, comme à chaque rencontre / j’ai été parmi ceux qui fuyaient, ceux qui cherchaient des réponses – quand part le train, lequel et quelle voie -, et leur valise, celle qu’ils pouvaient porter.
En buvant mon café, ma conscience me fait avaler de travers, je tousse, me racle la gorge, crache le temps présent hors de moi, je m’embrouille dans des mots que je n’ose pas prononcer / j’ose imaginer comment c’était à l’époque où l’Est et l’Ouest se rencontraient ici, dans le canapé pelucheux, je lisais, embrassée, se rapprochait ce qu’un mur séparait jusqu’alors
             Gris, gris et sale est le temps, je m’en extirpe, du ciel, celui qui ici manque de bleu et d’espoir, je fais quelques pas, je lis sur le mur / ici, Delphine a pensée à Thomas
qui étaient ces gens qui, par amour, et si ce n’était pas par amour, par désir commun, qui étaient tous ces gens qui pensaient les uns aux autres, les uns avec les autres, ici, dans ces pièces sombres et obscures, ce que leur réservait l’avenir ?
Le mot avenir me glace jusqu’au plus profond de moi, je pense, qu’à force de voir du faux ciel, je ne vois plus cet avenir, ni pour d’autres dans la lumière / le regard continue toujours à chercher la lumière, à l’intérieur, à l’extérieur, comme auparavant il n’a juste rien trouvé.
Le néant décroché s’écrit de nos jours toujours plus en lettres capitales, s’écrit en lettres sombres, sombres, colore les roses d’hiver en noir

 

                


Interview de l’auteure

Que signifie la littérature pour toi ?
Isabella Feimer : La littérature est pour moi un lâcher-prise et un lien, un état de suspension ancré dans la terre ; une forme d’art qui, en tant que représentation du monde, peut le dessiner plus clairement qu’il ne l’est.

Que signifient les cafés pour toi ?
IF : Des lieux intermédiaires, de nombreuses voix, actuelles ou passées, qui peuvent s’associer à ma voix intérieure. Le présent et l’histoire se retrouvent dans les cafés, ainsi qu’un soupçon de quelque chose qui adviendra.

Pourquoi as-tu choisi le Café Cinema ?
IF : Dans l’atmosphère sombre et historique du Café Cinema, on retrouve ma passion pour le cinéma ; c’est un lieu magique qui ne s’intègre pas du tout dans son environnement et qui lui donne ainsi une certaine forme. Le Café Cinema est le théâtre de nombreuses histoires.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas au café ?
IF : Me promener, bouger, respirer les fleurs du printemps, supporter le froid de l’hiver, etc. je suis souvent au cinéma, le cinéma est un lieu en opposition avec le café.

 

BIO

J’ai grandi dans une ville industrielle, ni tout à fait à la campagne, ni tout à fait en ville, j’ai eu très tôt envie de prendre le large, c’est comme ça quand on se trouve entre deux ; Escapisme artistique, d’abord le théâtre, puis la littérature, qui me voulait du bien (qu’elle soit ici remerciée).
Je suis une voyageuse, je voyage dans les textes, les actions et le fantastique, dans le monde ; je m’illustre moi-même, je laisse les images grandir par mes actes, et ma voix trouve sa place dans les images.